Hoodoo Gurus « Chariot of the Gods » (Big Time Records/EMI Music, 11 mars 2022).

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Un dixième opus studio de Hoodoo Gurus, Australiens signataires d’un rock juteux aux mélodies enflammées et patinées, c’est un évènement. Et ce d’autant plus que la clique menée par Dave Faulkner (vocals, guitars), Brad Shepherd (vocals, guitars), Rick Grossman (vocals, bass) et Nik Rieth (drums) s’est tenue au silence -discographique- une bonne dizaine d’années, avant donc de nous revenir avec quatorze titres -dix-sept sur le vinyle, vous savez donc ce qu’il vous reste à faire- à la hauteur de leur talent, donc indispensables. Avant la description notez bien qu’un Live Stream aura lieu le 10 mars. Le disque y sera joué, il est magique et force le respect dès World of pain qui remet au goût du jour, intact et dopé au groove rock’n’roll, un quatuor qu’on ne peut vaincre. Guitares idéales, chant comme depuis toujours convaincu, ton rock bourru et c’est fini, on capitule sans chercher à contester. Get Out Of Dodge suit, armé des mêmes airs, plus pop mais tout aussi décisif. Son refrain se chante partout, c’est tout simplement une deuxième pépite mise en orbite par ces gaillards au sommet de leur forme. Answered Prayers suinte d’ailleurs un rock qui transpire, méchant, aux guitares qui une fois encore se font saignantes.

A son terme Was I Supposed To Care? présente une facette plus polie, au ressenti audible. Là où dans ce registre certains ennuient, ici ça passe sans trop de résistance possible. Et de toute façon Hang With The Girls, pétaradant, nous remet ensuite sur les rails d’un rock sauvage et excité. Hoodoo Gurus a 40 ans (d’existence), on lui en donnerait 20 (en termes d’âge) tellement son énergie juvénile, et son inspiration de tous les instants, le placent au dessus du lot. My Imaginary Friend, d’une écorce pop-folk vivace, l’y maintient. Perfection des mélodies, unité et tons acérés, éclat des compositions: il n’y a rien, sur Chariot of the Gods, qui desserve le groupe. Equinox, avec ses « paaa pa, pa pa pa pa » fatals, brille d’ailleurs d’un feu pop orangé que bordent des dérapages sonores approuvés. C’est du bon, du supérieur même, que Hoodoo Gurus décharge pour son retour.


Photo Christopher FERGUSON.

Ainsi le titre éponyme, d’abord bluesy, se syncope t-il, sous-tendu et subtil, au point de faire à son tour plier l’auditeur. Il ne peut s’empêcher, à l’instar du disque dans son entièreté, de faire parler la poudre sans omettre sa finesse. Carry on, dans ses traces, dépose un rock à nouveau teigneux, sur tapis de mélodies magnifiques. On n’y trouve rien à redire, on l’écoute en le fredonnant ardemment et passé la première fois, on prend conscience qu’il s’agit, sans nul doute, d’un standard de toute première bourre. Come from your future, de roulements de batterie en chant nerveux sur guitares impulsives, me conforte dans l’idée. L’Australien, en matière de rock qui squatte les zones à plaisir, s’y entend et Chariot of the Gods en est la parfaite démonstration. Don’t try to save my soul, similaire dans ses tons vifs et bagarreurs, élimine toute forme de doute.

On le sait désormais, on osait à peine en douter: Hoodoo Gurus revient en vainqueur. Le torrent en furie qu’est Don’t Try To Save My Soul nous noie, en crue. Si Settle Down descend d’un -petit- cran dans l’impact, il est pourtant de première main. Puis Got To Get You Out Of My Life, à l’ambiance jazzy, vire assez vite en effort noisy, pétri d’élégance. Sa fin est débridée, elle ponctue une sortie tout feu tout flamme d’un millésime inégalable. Hoodoo Gurus part à l’assaut, glaive en main, et pourfend la concurrence. On épuisera son Chariot of the Gods, aux thèmes qui plus est intéressants, avec le sentiment que depuis 1981 et sa formation, Hoodoo Gurus résiste de manière insolente à l’épreuve des années qui passent.