Boucan « Colère mammouth » (Popatex/L’Autre Distribution, 28 janvier 2022).

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Boucan en définit un autre, novateur (de Boucan). De Boucan Piero Pépin (trompette), début 2020, fout le camp. Restent Mathias Imbert (Contrebasse, Voix) et Brunoï Zarn (Guitare bidon qui ne l’est surtout pas, Banjo, Voix) qui à deux, conçoivent ce Colère mammouth qui n’a pas fini de se dévoiler. Pléthore d’invités viennent le magnifier, parfois il me fait ch+++ car j’aimerais que toujours, il s’endiable (c’est quasiment le cas). Ca n’empêche, cette soif récurrente d’écorchures sonores qui anime mon être, la grande tenue de l’opus, fort de douze morceaux aux textes « very interesting » sur fond de zik au son de laquelle Kusturica couplerait sans grogner avec…Boucan lui-même, affairé à créer son champ propre. Ce Colère mammouth en serait un peu le point d’orgue, à l’écoute je me demande encore comment j’ai pu « contourner » les sorties d’avant. Qu’importe, Contact le met (le contact) et nous voilà embarqués dans un rock belliqueux que la production d’Oz Fritz (Tom Waits, ce petit jeune qui débute) souligne comme il se doit. Ca pulse et ça bruisse « maison », la singularité de l’instrumentation décale de suite Boucan. Tout ce qui ne vaut rien, rengaine où les choeurs de La Mòssa, quintet polyphonique, accompagnent le chant de Mathias avec relief, accentue l’identité du disque. La trame est folk, sereine dans le son, mais s’intensifie au fur et à mesure de l’avancée du titre. Oh ma Lo’, clippé quelques lignes plus bas, joue lui aussi folk mais alerte, bourru et superbement « foklo », dans une attaque plutôt franche. Persiste, évidemment, la brillante inventivité -sonore, stylistique- de la paire Occitane qu’on se doit de se garder à portée de lecteur.

Boucan, on l’entend, n’en fait qu’à sa tête. C’est bien pour ça qu’on l’aimera, qu’on le suivra dans ses tribulations. No màs die répète ce folk racé, au banjo de classe. Il s’emporte, nous emballe, on le sent prêt à se faire cratère. Mais non, ceci dit il assure et déblaye la voie pour Je sifflerai qui lui, induit un peu la même sensation et propose une magnificence de nature à nous mettre sur le flanc. Rock, blues, jazz, chanson dotée de sens, on ne les reconnait plus. C’est Boucan, armé ensuite de son C’est un ordre auquel on se pliera bonheurément (j’entends par là, avec bonheur). Il ne se définit pas plus que le reste, on s’y attendait, mais convainc avec la même maestria. Derrière l’élégance pointe la folie, parfois gicleuse, parfois plus rentrée. Les notes dérapent, engendrent un Boucan qui se prend. Auquel on se prend, aussi, d’entichement. C’est un ordre, t’façon. Alors on obtempère, mon pépère. La chanson se fait tonnerre, sauvage. « Oh-ha ho hoooo », crie-je alors dans ma modeste masure. Le terme retombe, propret. Puis c’est Prison, soutenu, qui nous enferme entre ses quatre murs. Soniques, rassurez-vous. Folk, mais…qui l’eut cru?, fervents et inclassables. C’est Boucan, tout fout l’camp, comme Piéro finalement. Son tapage est inspiré, différent. Jamais d’accord, délirant dans le chant, wild et twistant, fait péter un country-blues échevelé, gueulard, définitif. J’en reprends un godet, en même temps que je me reverse un Bordeaux.

Colère mammouth, en effet, ça s’arrose. Les cuivres se pointent, dans une échappée à la Emir machin truc (très) chouette évoqué plus haut en ces lignes que des guitares incisives ponctuent. Fichtre, en v’la d’la solide! Les chakras du chat groove façon Soul Coughing (cette contrebasse, mazette..), stylé comme c’est pas permis (de déconstruire, comme le fait Boucan). On va tous mourir, annonce la ritournelle d’après. OK mais pas trop tôt et pour l’instant, on se trémousse dans l’encanaillement de ce morceau à la Emir…oui encore Emir, ce Serbe peu acerbe. Novembre percute, mêle choeurs et ferveur. J’ignore, pour le coup, qui est convié mais je constate que quel soit l’intervenant appelé, le rendu est de taille. L’harmonica enjolive, lorsque La duende ferme la pote on est anyway tous rentrés dans l’antre de Boucan, attirés par son registre à part. Une gerbée de « lalalalaaaa », plus loin, on s’insoumet encore avec le duo ZarnImbert, ici au sommet d’une créativité déjantée un peu ivre, tout l’temps aboutie, festive dans le bon sens du terme, que Colère mammouth valorise à grandes lampées de son défriché que le terme cacophonique du terminal La duende dézingue prestement.