Stuffed Foxes « Songs / Revolving » (Yotanka/Reverse Tapes, 28 janvier 2022).

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Déjà mis en avant ici, Stuffed Foxes « from Tours », où il est bon d’aller faire un tour, s’attaque au format album avec ce Songs / Revolving qui sort chez Yotanka où là aussi, il est bénéfique de s’attarder. Vingtenaires doués, les mecs ont eu le bonheur d’enregistrer avec Thomas Poli (Dominique A, Laetitia Shériff, Montgomery…), alors que Peter Deimel (Shellac, Chokebore, H-Burns et encore, je résume…) masterisait le bazar au Black Box, histoire de faire bonne(s) mesure(s). Du coup, quid de l’opus? Tellement de choses. Des cadences abimées, de la noise dopée au shoegaze (l’introductif Sabotage, raclée salutaire qui déjà solidifie le disque). Il y a du Psychotic Monks dans l’extrémisme sonore du clan, mais aussi dans ses accalmies envoûtantes. Luke Glanton s’y apparente, psyché et céleste mais tout de même sous-tendu, entre autres, par sa batterie et des guitares qui se durcissent. On visite des sphères changeantes, avec succès et sans s’la péter.

Avec No sound/Drive, Stuffed Foxes s’inscrit dans l’intensité bridée, joliment belliqueuse. Juste après Oh lord, it came from me use lui aussi d’une modération qui, pour le coup, se fend de coups de hache sonores, et de mélopées, qu’on ne peut rejeter. Les Renards Empaillés, à l’inverse de ce que s’insinue leur nom, sont pétris de vitalité. First affront, sans paroles ou presque, joue pourtant son rôle. Il se syncope, groove et propose un instrumental mental, physique, remuant. Le panel est maitrisé, de caractère, spatial au début d’un Track 6 subtil, aux reflets mystiques. Une envolée survient, élégamment déjantée. J’attendais une rondelle plus sauvage mais soyons justes, d’une part c’est l’aficionado d’écorché qui parle, parfois « ergoteur ». Et d’autre part, la valeur de Songs / Revolving coupe court à toute réserve s’agissant de sa portée.


Photos Achille Laplante et Julien Phillips.

Sur le cosmique et bien nommé Extended, au calme trompeur, on marie silence, ou pas loin, et coup de bâton. Tout ça se fait avec brio, dans une (im?)pudeur qui ne rechigne surtout pas à s’encanailler. Des éclairs sans ménagement ponctuent la toute fin de la chanson, et de l’album, qui permet à ses géniteurs de prendre de la hauteur. Stuffed Foxes marque des points, valide un potentiel de bien bon augure, fait bonne figure et dépose un répertoire affirmé. Pour des gens d’âge vert, la performance est significative et ces jeunes adultes font ici preuve d’une maturité qui crève les yeux, comme quoi la valeur n’attend pas forcément le nombre des années…