Blood Red Shoes « Ghosts on tape » (Velveteen/Jazz Life, 14 janvier 2022).

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Que celui qui n’a jamais succombé devant le charme de Laura-Mary Carter, moitié des excellents Blood Red Shoes avec son éternel acolyte Steven Ansell, se signale immédiatement. It’s not possible! J’ai encore en mémoire, outre un premier album garage bien ficelé, éponyme, un live de poids à la Lune des Pirates d’Amiens, fin 2008 si mes souvenirs sont bons. Depuis les sorties se sont succédé, on en arrive donc à ce Ghosts on tape presque déroutant de prime abord, mâtiné d’électro, qui ne recourt que rarement à la force de frappe d’antan. Avec Comply, passée la surprise initiale, chant déchiré et trame à la Nine Inch Nails -option modérée-, valident l’entrée en matière. On est sur du nouveau, sur le disque les ressentis les plus sombres de la paire trouvent peau neuve. C’est beau, c’est aussi écorché. Morbid fascination et ses synthés 80’s, le chant de la Dame, un peu canaille, et les excès mélodiques du morceau ont raison de nos résistances. Murder me, où l’on renoue avec les riffs dynamite et la frappe percutante de la clique à deux, lance ensuite un rock pénétrant que Laura allège vocalement. Il y a du Garbage, dans ce Ghosts on tape. Un alliage d’organique et de synthétique, adroit, qui ajuste le rendu. Plus loin Give up, après un interlude, bastonne dans une veine électro-rock furibarde. Et voilà, ça commence à passer; Blood Red Shoes prend de l’âge sans vieillir. Break spatial, sous-tendu. Puis terme céleste, en contrepoint avec le début.

Sucker, sur une voie plutôt lactée, marie chant charmeur, venimeux toutefois, et guitares dark. La cadence est assénée, mais globalement bridée. Le ton est à nouveau enciélé, mais ça se prend et puis je l’avoue, je suis si heureux de retrouver ces deux-là que sincèrement, je peux leur passer bien des choses. L’opus, certes, ne cogne que trop peu. Mais si attentivement tu l’écoutes, alors capturé tu seras. Blood Red Shoes change: Begging l’amène derechef sur un chemin tranquille, un brin lunaire, qui s’habille de bruits imaginatifs. I am not you, après un nouvel interlude bref, fait son Kills et sert des sonorités sales. Soudainement, il se saccade et se fait colérique. Une réussite, aussi enjôleuse qu’endiablée, qu’on s’empresse de poinçonner. Dig a hole, dans la minute qui suit, vrillant lui aussi avec brio. Alors oui il faut s’y faire, mais ne reconnait-on pas les meilleurs à leur capacité à étendre leur registre, à se renouveler sans -trop- s’y perdre? C’est le cas ici et si l’amateur de rock au bélier peut rester sur sa faim, sa persévérance lui dévoilera un album valeureux.

I lose whatever I own, rock, bourru, va d’ailleurs en ce sens. Il coupe l’élan, puis redevient progressivement bondissant. A la fin des débats Four two seven, au pouls électro d’allure tribale, au décor subtil, instaure une terminaison mélodieuse, que ses derniers instants souillent néanmoins avec joliesse. J’attendais, j’espérais ardemment, une folie non jugulée. Je ne serai pas exaucé mais Ghosts on tape, après le bel opus solo de Laura, emprunte une voie qui, si elle ampute Blood Red Shoes d’une partie de sa puissance si attrayante, s’avère au final porteuse, novatrice au vu des travaux précédents, et jalonnée par une poignée de morceaux dont l’audition répétée révèle insidieusement l’indéniable richesse.