Komodor « Nasty habits » (Soulseller Records, 17 décembre 2021).

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Bretons de Douarnenez, les mecs de Komodor ne font pas dans l’inodore. Leur rock hard estampillé 70’s, en effet, balance et dégage des saveurs, tout à la fois, d’encens et de cambouis. Nasty habits, l’opus de ces quatre chevelus inspirés, recueille onze morceaux dont le panel n’incite guère à l’ennui. On y démarre pied au plancher, le temps d’un Give up sur lit de guitares mélodiques mais appuyées, de rythmique cascade et de vocaux en phase avec l’époque visée. Une première salve alléchante, millésimée, qui varie les cadences et breake dans un blues à l’électricité intenable. Believe it, dans la seconde suivante, torpillant un rock’n’roll qui souffle sur les braises, s’emballe et tire ses balles. On n’omet toutefois pas, très présente, la mélodie. Le riff est wild, les compositions n’offrent pas de failles et volontiers, on mitraille. Nouveau break, céleste. Puis nouvelle cavalcade. Set me free, plus « lourd », suit en jouant un blues-rock de feu. On fuzze, on peut aussi se « psychéiser » avec maîtrise et sans traitrise.

Just an escape, bondissant, valide le sentiment selon lequel Komodor, dont le disque est hébergé par Soulseller Records, a plus d’une corde à son arc. Son énergie déferle, dévastatrice, jamais bêtement frontale. Dans ses tons 70’s, avec les moyens d’aujourd’hui, le clan trouve une belle portée. Mamacita, tribal en son fond, spatial, le voit faire dans une finesse qui de suite trouve son rang. Le titre éponyme suit, plus burné. On est là au mitan des réjouissances, aux odeurs d’essence où l’on aurait jeté quelques pétales floraux. Le rythme est d’humeur variable, l’étayage aussi beau que fougueux. On est d’ores et déjà prêt, ce Nasty habits intense, à lui accorder nos voix sans tergiverser.


Photos Erwan Larzul.

Heavy Maria, entre choeurs et voix sauvage, se fait jazz, folk, par brèves touches. Mais son écorce est rock, hurlante et bien ornée. Explosive, elle est faite de flammes et de soie. Ca qualifie bien Komodor, qu’on pourra placer dans le panier des espoirs bien en vue issus de nos rues. Debt city, au galop, laisses ses guitares s’exciter et le décor, une fois encore, faire dans l’or. Komodor décape, dans une élégance qui sert son intérêt. Garage sans âge, frontal et nuancé avec succès, Nasty habits joue bien et se plait à griffer. Through the highway, de ses guitares caméléon, heavy ou modérées, de ses cuivres en chaleur, fait à son tour la diff’. Washing machine man, rapide, urgent, fait parler la poudre. On arrive, presque, au bout de la course et pas une minute, le niveau n’a baissé.

En toute fin d’album Moondrag, entre encarts psyché triturés et force rock impétueuse, secousses maison bien placées, permet à Komodor de finir sans dénoter. Ici aussi, blues, rock’n’roll, relents heavy furieux et apports sonores ingénieux s’entremêlent pour un résultat au dessus de tout soupçon. Komodor, qu’on se le dise, nous torche avec son Nasty habits une rondelle excitée, à l’inspiration durable, qui lui permet de tutoyer l’excellence.