Les Soucoupes Violentes « 16 Potions d’Amour » (Twenty Something, 8 octobre 2021).

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Les Soucoupes Violentes, c’est depuis bientôt 40 ans un rock aussi athlétique que mélodique, énergique, d’une cuvée qui monte à la tête. S’il y a une chose que les gaillards n’avaient pas encore faite, c’est de regrouper leurs reprises, typées et personnalisées. Avec 16 Potions d’Amour, au nom éloquent, c’est dans la boite et 16 reprises cachetées Soucoupes Violentes -quatorze puisées dans leur discographie étendue (albums, maxis, 45t, compilations) et deux “inédites” (une live, une studio enregistrée pour l’occasion- tranchent dans le gras d’un rock souvent franc, qui bénéficie de plus d’une assemblée de « covers » au goût indéniable. Coz’ I Luv You (Slade) ouvre avec éclat(boussures), il déblaye la route pour un opus qui me réconcilie avec l’exercice. Seven Days (Fantazio) fait péter la même prestance, t’façon la dernière fois que je me suis perfusé les Soucoupes c’était avec Fort intérieur et déjà, je fus convaincu. Ici c’est idem, on marie mélodie et bassesse rock effrontée. I Just Sing (The Troggs) rajoute du régal, dans le choix de reprise, mais aussi de l’adresse dans le jeu, qui évite d’en rajouter et se « contente » de rocker merveilleusement. Ce que fait Blue Collar (La Marabunta), au gré de riffs vifs. Ou Love Potion N°9 (The Clovers), percutant, sans atermoiements.

L’album est en plus généreux, cohérent car réellement, c’est la fougue rock qui le dirige. The Jam, avec un London girl stylé et mélodieux, y voisine avec d’autres combos bien plus « en retrait ». Les Soucoupes Violentes ont l’art, ces « petits » aux grandes créations, de leur rendre hommage à leur manière. Sobrement, efficacement mais avec une touche maison qui fait pencher la balance du bon côté. Les roses fanées, de Dutronc, ne perd pas un pétale. Elle craque (The Modern Lovers) fait dans l’urgent in French, imparable. Le registre est de ceux qui ne se contestent pas, légitime. Teenage Partner (Gene Vincent And His Blue Caps), retenu, finit par juter en alternant les options. 16 Potions d’Amour en distribue (de l’amour, ça va sans dire), mais se plait à dégoupiller. You’re Drivin’ me Insane (The Roughnecks) s’y adonne, franchement et jouissivement. Ca sonne vrai, faut dire que chez les Soucoupes on a ça dans le sang, dans les veines, chevillé au corps. My Little Lovelight (Chuck Berry) cligne de l’oeil vers un grand, sans se faire petit. La prestance, à nouveau, se fait entendre.

Si on adjoint, à ce constat de valeur, le fait que le disque nait chez Twenty Something, on n’est pas loin du tout bon aux saveurs supérieures. Comme pour m’approuver Paper Dolls (The Nerves), nerveusement syncopé, nappé d’orgue sans trop de morgue, s’ajoute à des réussites déjà en nombre. La seizième et dernière, Call The Doctor (JJ Cale), fait dans l’atmosphérique à fleur de peau. A aucun moment, sur aucune relecture, on n’aura eu à douter du rendu. On attend dès lors la suite, le come-back des Soucoupes les voyant prendre un nouvel envol concluant, en piaffant d’impatience. 16 Potions d’Amour parvient évidemment à tromper celle-ci, tout en la ravivant, par sa charretée de morceaux hautement recommandables et de plus, éclectiques dans leur panel de groupes mis en évidence et salués avec agilité.