Jemek Jemowit « Legenda Zygmunta Blask » (Atypeek Music, 29 septembre 2021).

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J’ignorais jusqu’alors tout de Jemek Jemowit, artiste bisexuel issu de Berlin mais passé auparavant, si j’ai bien saisi, par la Pologne, qui signe avec ce Legenda Zygmunta Blask un hommage à la glam rock star polonaise Zygmunt Blask et, dans le même temps, clôt une trilogie polonaise incluant TEKKNO POLO (2013) et wróg publiczny no. 1 (2016). Conçu comme un opéra rock, joué en compagnie de Fabrizio Biscontri (guitar, bass), Alessandro Chiavoni (drums), Simone Caoduro (drums) et Gabriele Bernabò (keys), l’opus bénéficie déjà du chant typé en Polonais mais aussi, et surtout, d’une brillance, d’une classe continuelle, vocalement comme musicalement, qui le porte aux cimes. Racé et guttural quand ça lui prend, doté de guitares magnifiques, il présente en tout premier lieu un Kosmiczna osobliwość entre opéra et grandiloquence Bowienne, alerte et acidulé. Les chants, changeants, remarquables, la cadence, les jolies notes employées en font un must et qu’on se le dise, l’impression perdurera jusqu’au terme du disque. Śmierć, riffs rock simples et efficients en bandoulière, se fait ombrageux et, aussi, se pare de synthés bellots. Jemek Jemowit, défenseur de la cause LGBT, fait feu de tout son. Śmierć avance lentement, classieusement, et laisse ensuite place à O chłopcu ze Słonecznego qui lui, valse avec maestria.

On est surpris -avantageusement, vous l’aurez compris- par la marque de l’album, ses envolées merveilleuses, sa prestance et sa distinction. Bo we mnie jest seks, dans un rock à nouveau élégant, rythmé, en entérine la valeur. Il se fait bluesy, finaud mais appuyé et dégage, comme toute chanson de Legenda Zygmunta Blask, un charme fou. Ruda z Non-Stopu, à la basse grasse, groove comme personne. Il riffe aussi, sèchement, et laisse le chant contester avec, en fond, de la colère. Les synthés l’allègent, ses choeurs l’étayent. A chaque composition, on s’entiche de ce que fait l’artiste. P.Z.P.R., punk dans l’âme, compact et, lui aussi, orné par des claviers notables aux nappes célestes, nous y incite plus ouvertement encore. Quelques poussées de fièvre plus loin, Zygmunt Blask aborde un terrain plus délicat, très marqué par le Bowie des débuts. Il s’envole, flotte avec, en arrière-plan, des tons légèrement piquants. Glam, décliné selon un panel large, et savoir-faire sans failles caractérisent l’opus du sieur Jemowit.

A l’heure d’en finir on est d’ores et déjà conquis tant le rendu, de haute volée, s’impose à nos êtres. C’est Wara od Odry, d’obédience folk, ténu et d’un ressenti audible, qui conclut l’affaire. Jemek Jemowit, au talent et à l’ouverture musicale exemplaire et aguicheuse à souhait, déviante, truffée d’inspiration -on ira volontiers, pour s’en persuader, explorer son Bandcamp-, signe donc une rondelle impeccable, éditée par Atypeek Music qui, je ne l’apprends à personne, affectionne tout particulièrement ce type de personnage, décalé, hauts en couleurs, qui n’hésite pas à se positionner et à s’extirper des conventions et chemins par trop tracés. Ce que fait, splendidement, Legenda Zygmunta Blask et ses huit titres millésimés.