Arne Vinzon « Jeunesse éternité » (Atypeek Music/Studio Bonito, 17 novembre 2021).

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Je ne sais même plus quand, quel jour, en quel lieu, je fus « attrapé » par Arne Vinzon. C’était peut-être bien, ou pas du tout, dans la précieuse médiathèque de mon Amiens de résidence. Je le retrouve aujourd’hui, flanqué d’une discographie éloquente et de ce nouvel effort au nom qui me séduit, Jeunesse éternité. Il y oeuvre, sous le nom d’A.V., avec un acolyte recruté à bon escient: Aurélien Bonneau, multi-instrumentiste à l’apport qui nous mène à bon port. Avant ça, Poteaux électriques aura instigué un départ électro-pop bordé de cold-wave, que le chant et le verbe du leader élève car lui-même, il est élevé. Imagé, lettré, inspiré. La déroute, second pylône aux airs de jalon électro/psych-pop à l’impact similaire, l’évite avec prestance (je parle de la déroute, vous l’aurez compris). Le titre éponyme, écrit à Nîmes (c’est faux, c’était pour la rime), marie élans spatiaux vivaces et acidité poppy. Arne Vinzon, à l’oeuvre depuis « v’là l’temps », fait le job avec passion. Les chalands qui passent, léger et aérien, d’obédience psyché lui aussi, tutoie l’excellence. Ah non, pardon; il l’atteint.

Désireux de ne pas s’arrêter en si bon chemin, le père Vinzon signe ensuite A Brighter Summer Day. Electro-pop, encore? Oui, et décalée, as usual, autant que vautrée dans l’élégance. Synthétique, magnétique. Trépidant, le titre suivant, ne l’est pas mais p+++++, il assure. Il répète ses sifflements, ses pseudo-textes, jusqu’à nous obséder. Court mais notable, il déblaye la neige pour Au Quart De tour, aventure psychélectro qui bouscule le cerveau. Ses motifs font plaisir, dans son sillage Pays Fantôme convoque des guitares d’ombre et esquisse une cold-wave maison, façon (Arne) Vinzon. C’est fini, Jeunesse éternité s’est emparé de nous.

Alors Green, hymne aux amours de jeunesse, ne fera que confirmer, dans le même mouvement, le mot et le sens du climat, de l’évocation, de l’album en présence. Un Truc Comme Ça lui emboite le pas dans une obscurité foutrement entrainante. Ses synthés brodent, son chant se Yan Wagnerise. Ici aussi, tu accordes ton vote. Tu déposes, dans l’urne, ton bulletin Vinzon. Arne vise juste, excusez la pauvreté du jeu de mots, et ne se fout pas de la gueule du monde car son disque, bon, tout sauf con, est en phase avec nos attentes. La fugue, doté de cordes qu’on ne fuira pas, y met fin sans écorner la prestance d’un artiste qu’il serait malveillant de ne pas reconnaître.

Merci, sieur Vinzon. Tu assures, en homme de goût, la bonne tenue de notre langue. Tu l’associes, aiguisée, à des créations sonores justes et sans surcharge. Ton Jeunesse éternité, dont je ne peux déceler les travers, ne fait rien de travers et pourtant, il s’amuse à dévier. Tu continues, à nu et justement reconnu, ton bonhomme de chemin (de traverse). Tu t’interroges, tu (te poses des) questions, tu y trouves des bribes de réponse. Honoré partout mais pas n’importe où, tu tiens le cap et dans la durée. C’est pas donné à tout le monde: là où on s’essouffle tu restes vaillant et performant, dans une forme de Jeunesse éternité qui te permet de ne jamais faillir…