Tout Bleu « Otium » (Les Disques Bongo Joe, 10 décembre 2021).

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Tout Bleu? C’est Simone Aubert, de Massicot et Hyperculte. Du coup c’est pas tout rose, mais pas tout noir non plus. Simone s’est acoquinée avec d’autres zarbis, histoire de ne pas redresser la barre. Alors Otium, un peu notre opium, part un peu dans tous les sens (dessus-dessous). Il fait suite à un album éponyme, sorti en octobre 2018, dont j’ignore tout. C’est donc avec lui que j’entre en collision avec le band qui, l’Ere de rien, dépayse et violonise son bazar jusqu’à le rendre cosmique, incertain, passionnant, psyché et bouillonnant. « N’ayons peur..de riieeenn », lance Simone. C’est un peu le cas, le morceau déjoue les pronostics et fait de la piste noire sans jamais se ramasser. Il floute ses voix, barjot à souhait. Putain, quel trip! Baleine, plus « inerte » (quoique…), balance une « psychélectro » de derrière les nuages. Il se kraute, soudainement, avec superbe. Fichtre! Je te fiche mon billet que Tout Bleu, mal barré pour passer chez Fun Radio, va poursuivre dans le tordu-captivant.

Ca matche « direct », Constellation fait parler son intitulé. Plus haut que le ciel, il s’attaque à la psyché. Il s’assombrit, sous le jeu de motifs étranges. Rucksucre, exotico-oriental en certains recoins, poursuit la déviance. Tout Bleu, s’il élabore de belles trames, ne peut se résoudre à les normaliser. Ici les mots se répètent, les sons font le con. Entre les mots, d’ailleurs, ondule en s’en passant (des mots), sur son premier volet. Ils arrivent ensuite, à l’unisson avec un violon splendide qui commence à s’ Orange Blosssomiser et un rythme hypnotique. Citons donc POL (synths, electronics), Naomi Mabanda (cello, synth, effects) et Luciano Turella (alto, effects), qui épaulent Simone avec brio et jamais dans la droiture. Ce sera, riffs secs dans le slip, lâche une salve psyché qui à son tour nous vire de nos sièges. Otium est un voyage, sonore, mental, bancal donc parfait. Il ne saurait, vu le clique qui s’y applique, en être autrement.

U22 parait revenir à du serein, il s’y tient avant de proposer, de manière soudaine, des soubresauts tout en vrilles. Tu seras bien en peine, si tu aimes l’étrangeté, de résister aux divagations de ceux-là. Le titre éponyme, céleste et vaporeux, use de sons réitérés. On s’enfonce, avec délectation, dans l’extravagance non dénuée de sens, pensée, instinctive, aussi et pourtant, dans son déroulé. She’s lost, comme hanté, fantomatique, laisse ses voix et sonorités flotter, errer, se hasarder. A aucun moment ce Otium ensorcelant, déroutant et magiquement tordu, n’aura flirté avec la norme. C’est dans son ivresse, ses divagations, qu’on puise nos vagues de bonheur et qu’il s’illustre de la manière la plus prégnante qui puisse être. Il sort chez les Disques Bongo Joe, comme tout objet voué à la différence, et comblera nos désirs d’audace le long de ses neuf compositions sans réel trait commun, si ce n’est cette tendance récurrente à quitter les sentiers battus.