(Photo d’avatar: Tomat photography).

A quelques jours de la parution d’un manifeste shoegaze (et pas que…) nommé La chute, chez October Tone et Music From The Masses, Simon Sockeel, capitaine du navire La Houle, répond en direct…de son van aux questions de Will Dum…

Photo Jean-Louis CARLI (pochette de « La Chute »).

1) Comment est né La Houle ? Quel fut ton parcours avant l’avénement du projet ?

La Houle est né lors d’une période de convalescence, chez mes grands-parents dans la ville où je suis né, Boulogne sur Mer. J’ai subi une opération du genou, et mes seuls moments de sortie étaient des balades en bord de mer avec ma grand-mère. Je me suis rendu compte qu’il y avait toujours un bruit, une texture sonore, douce et apaisante par temps calme, fulgurante et violente lors de tempêtes. Ça représentait bien mon approche de la musique que je voulais faire, La Houle s’est donc présentée comme une évidence pour ce projet.

2) A l’écoute de tes sorties, on distingue une multitude de courants musicaux. Comment fais-tu pour, lorsque tu composes, amalgamer tout ça ?

Je compose de manière totalement naïve, en tout cas j’essaye. Je suis musicien depuis 15 ans maintenant et je crois que j’ai digéré pas mal de trucs qui doivent s’entendre dans ma musique. Je suis autodidacte, donc j’ai une manière de faire de la musique qui m’est donc un peu singulière, pleine de choses chouettes mais aussi beaucoup de défauts, ce qui rend la chose…peut-être…singulière 🙂

3) Dans quelle mesure ton environnement, le lieu où tu résides et ses alentours, influent-ils sur ton travail ?

Je suis de nature plutôt « nomade ». J’aime me balader, aller voir des ami.e.s dans d’autres régions de France ou à l’étranger. J’ai la chance d’avoir un travail qui me permet de télétravailler un peu, donc j’en profite souvent. Ça a toujours fait partie de mon équilibre ! Du coup, j’aime partir dans des endroits qui m’inspirent, parfois plusieurs semaines, pour sortir de mon quotidien et faire le plein de nouvelles énergies. Ensuite, je retourne chez moi, structurer le tout pour ensuite partir en studio.

4) La Chute, ton prochain album, sort le 3 décembre prochain. De quoi se nourrit-il, soniquement et textuellement ? A quoi renvoie son intitulé ?

La Chute est un album qui s’est fait dans la douleur. Il est nourri d’un profond sentiment de solitude, d’abandon, de désillusions lié à la vie en général, notre monde, nos relations, l’Humain… C’est un disque très sombre, que j’ai commencé à écrire quand j’étais à Londres avec mon ancien binôme. Malgré une expérience ultra enrichissante d’un point de vue musical et artistique, l’ultra-libéralisme de la société londonienne m’a fait beaucoup souffrir. Tout le monde active un mode « survie », ce qui était nouveau pour moi. Je suis ensuite rentré en France et me suis isolé chez ma grand-mère Claudine et j’ai commencé à mettre sur papier mes ressentis, mes angoisses, mes questionnements…

J’ai donc écrit ce disque comme des confessions que j’aurais pu lui partager, elle qui a toujours été à mon écoute. J’avais envie d’être dans une démarche totalement « brute », en termes d’expression, ne pas essayer de me cacher. Ce disque m’a permis de vaincre mes démons et de passer au-dessus d’une certaine crise existentielle. D’un point de vue « sonique », j’avais envie de sonorités moins « aériennes » ou « dreamy ». Je voulais quelque chose de plus tranchant et synthétique. J’ai donc contacté mon ami Clément Fortin, qui a notamment travaillé sur les deux derniers disques de Tapeworms, avec qui nous avons produit ce disque. Il est producteur de musique électronique expérimentale et m’a emmené vers des domaines qui m’étaient alors inconnus. Ça a été un processus très long et éprouvant mais très enrichissant pour moi, qui ai dû prendre les rênes du navire « La Houle ».

5) Comment se sent-on quand on est dans l’attente de la sortie d’une œuvre déjà finalisée ?

Impatient, excité et aussi très soulagé que ça finisse par sortir. Comme pas mal d’artistes, nous avons dû attendre un an de plus à cause de la situation sanitaire. Mais c’était nécessaire; je ne me voyais pas sortir le disque sans pouvoir faire de concerts.


Photo Boris Collet.

6) J’apprécie particulièrement les labels auxquels tu appartiens ou as appartenu (October Tone, Music from the Masses, Requiem Pour Un Twister , Onto Records…) . Quelle importance accordes-tu au choix d’une structure et comment se fait ce choix ?

Écoute, pour le moment les choses se sont faites naturellement et humainement je dois dire, les structures que tu as citées sont tenues par des passionnés. Des gens qui ne tirent aucun revenu de leurs activités phonographiques mais qui s’y donnent corps et âmes, comme je peux le faire pour ma musique. J’ai rencontré Christophe et Reno, de Music From The Masses, à l’époque du 1er EP via leur ancien label Beko Disques. Ils étaient hyper emballés et ont pressé pas mal de CD. Suite à ça Alex, de Croque Macadam/Requiem pour un Twister, m’a contacté un an plus tard pour rééditer cet EP en vinyle.

Pour Onto, c’est un label associatif tenu par des ami.e.s, dont Boris de Veik ! Ils étaient aussi emballés par mon side-project ambient et ont sorti une superbe cassette illustrée avec les tableaux de mon grand-père. Enfin pour October Tone, je connaissais quelques groupes via notre ancien collectif rennais « Nothing ». J’ai pu rencontrer Atef et Flo du label, à qui j’ai proposé ce nouveau disque. October Tone et Music From the Masses sont deux grandes familles, où la plupart des groupes sont aussi des ami.e.s; certains d’entre eux jouent ou ont déjà joué dans La Houle. J’ai ma famille à l’ouest et à l’est ! C’était donc très important pour moi de faire collaborer les deux entités !

7) Vois-tu une évolution palpable entre tes différentes parutions ?

Pour moi, chaque disque doit avoir sa propre couleur, sa propre identité. J’admire les artistes qui se remettent en question, tant artistiquement que techniquement, et qui proposent des choses nouvelles entre chaque sortie. J’essaye d’emprunter ce chemin, ce qui m’amène à évoluer dans ma pratique, à prendre mon temps et surtout me permet d’apprendre et de découvrir des choses nouvelles. Entre le premier et le dernier disque, les techniques ont évolué! J’ai collaboré avec différentes personnes, qui m’ont chacune amené vers d’autres manières de travailler, et ça aussi c’est hyper important pour moi!

8) Que prévois-tu, à la sortie de La Chute, pour le défendre ?

Écoute ! Je t’écris à ce moment même du van qui nous emmène à Strasbourg pour la release de l’album. Je dirais donc des tournées, des clips, un vinyle, un cd, du merchandising…