Modern Stars “Psychindustrial” (Miacameretta Records, 26 novembre 2021).

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Italien, de Rome plus précisément, Modern Stars s’est déjà fendu d’un EP étendu, Silver needles, en septembre 2020. Il y reprend Spacemen 3, le fait est assez révélateur car le groupe de Jason Pierce et Peter Kember fait partie de ses influences prétendues. Avec Psychindustrial, les trois comparses servent sept titres, comme sur l’ep mentionné ci-dessus, qui grésillent et flottent dans l’espace, soniques et insidieux, boueux et enivrants. Hypnopaedia les inaugure, céleste, lancinant et fuzzy comme il se doit. Suicide ou Primal Scream guettent, dans cette tendance à se faire spatial, grinçant, sale et vicié. C’est dans une lenteur pénétrante que le trio trouve sa posture, l’ajuste, et laisse ses giclées nous inonder. Artificial Wombs, après l’ouverture, suit d’ailleurs une voie semblable, dénuée de hâte, souillée. Son psychédélisme vrille les sens, répète ses plans jusqu’à ce qu’on en devienne dépendant. Throw Your Dreams Away semble, presque, s’illuminer. Sa batterie lui donne vie, il navigue entre lézardes sonores et touches de lumière sans trop d’éclat. On est tout de même, sur Psychindustrial, dans un répertoire qui ne gazouille que très peu.

Modern Stars, ce faisant, imprime sa marque. Ignorance Is Strength, entre folk déviant et élans à la lisère du mystique, étire l’éventail. Il a des effets, lui aussi, psyché et hypnotiques. C’est là que réside le pouvoir du disque, dont la réitération sans lassitude possible engendre une certaine portée. Indian Donna Summer amorce la face B dans l’ambivalence entre beauté et saleté fuzz, ça sied à Modern Stars qui pour le coup ne se précipite pas plus qu’à l’habitude. Comme chloroformé, il progresse dans une hébétude magnétique. On s’en éprend, pris dans la nasse de travaux aux atours drogués. War Is Peace se saccade, son chant féminin voltige. Il est bref, éthéré, avant ce Deep Feelings qui clôt l’album sans s’écarter du schéma habituel. Si on peut reprocher à Psychindustrial, au bout de l’écoute, une relative “inertie”, c’est toutefois dans celle-ci, qu’il se fait un plaisir de faire varier sans en écorner l’obsédante redite, qu’il parvient à rafler la mise et imposer sa teneur. On en ressort comme sous produit, gagné par une série de titres fortement imprégnants.