Francois Joncour “Sonars Tapes” (Music From the Masses, 19 novembre 2021).

0
285

Issu du projet Sonars, initié par la salle de concert brestoise La Carène et le laboratoire océanographique BeBest pour une rencontre entre Art et Science, le Sonars Tapes du multi-instrumentiste François Joncour (I Come From Pop, Poing, Pastoral Division…) vaut son pesant d’écoutes, immersives à souhait. Pour ses besoins, le Finistérien à mêlé sons des chercheurs qu’il est allé consulter, idées propres, foisonnantes, et instruments “normaux”. Le rendu, qui nous emmène dans un monde nouveau, délivre une série de morceaux magiques, au tumulte jouissif et à la paisibilité enveloppante. Joncour, de plus, est extrêmement bien entouré: Mirabelle Gilis enjolive l’album de son violon superbe, Camilla Sparkssss apparait sur Biology Is Food & Sex, les batteurs Nicolas Courret (Eiffel) et Bertrand James (Totorro) l’un sur disque l’autre sur scène, et Thomas Poli (Laetitia Shériff) aux manettes font en effet partie de l’aventure et encore, je résume car Sonars Tapes, collectif, richissime, se veut très pluri-domaines. Il est, aussi, de suite fatal quand se présente Piling Underwater, ouverture taillée dans une pop d’éclat total. Ned Crowther lui offre sa voix, Mirabelle le violonise, Joncour fait le reste. Au bout de l’effort, un tube pop majestueux qui ne manque pas d’allure, paré avec maestria. Suivi d’un déluge électro-pop nommé Biology Is Food & Sex, où notre Camilla saupoudre son chant typé. Un morceau acide, sulfureux, au ressac captivant et dévastateur.

Au bout de seulement deux plages (hum…), ni plus ni moins, l’accroche est déjà forte. Interlude 1 “Ce quʼon entend”, “Sparkssssé” lui aussi, lance des bruits de bateau qui alerte. Il est bref, mais marque son homme. A sa suite Obsession & Repetition, pépite électro céleste et venteuse, étend encore les spectre parcouru. Elle est cadencée, imparable elle aussi. Il faut être doté de bien peu de réceptivité, de sensibilité, pour ne pas se laisser gagner par les milieux et textures de Sonars Tapes. Il sort d’ailleurs chez Music from the Masses, structure brestoise précieuse, un peu avant l’opus d’une autre formation de premier choix: La Houle. On reste, décidément, dans le monde des embruns mais Skarigañ A Ra, écrin poppy en coton, calme le jeu et bénéficie, lui, de l’apport d’ Emilie Quinquis (chant et paroles) et David Euverte (piano) tandis qu’une certaine…Mirabelle, encore, y fait merveille. Un peu comme sur l’ Acoustic de Dominic Sonic, tiens…mais penchons-nous sur un Le Noir que je trouve “Tiersenien” dans sa teneur, aussi bien mis qu’impétueux. Il enfle, part en mer, affronte…la houle, puis retombe. Magique.

On n’en a toutefois pas fini, loin s’en faut: Tout sʼen est allé grince et luit, pas moins plaisant. Il se déploie avec quiétude, mais ne rechigne pas à bruisser. On succombe. Interlude 2 “Chaos in lab” prend alors la main, noir comme un port à la tombée de la nuit. The Depressed Larvae, avec Brooke Sharkey au micro, scintille également, lumineusement joué. Il n’y a que merveilles, ici. Les Gorgones, enchantement où guitare et violon tissent une trame commune, en est. Interlude 3 “20 mètres de fond” plonge dans les tréfonds, se pare de bruits apeurants. Il n’en est que plus beau encore. Sonars Tapes bouscule les sens, Ô Spitzberg ! vient le clore dans une douce dissonance. Et dans l’excellence, le long de six minutes qui, à l’envi, modifient nos états. Ceci dans une grâce constante, récurrente, maculée d’encarts d’ombre. Il est alors temps, croit-on, de (re)gagner le rade le plus proche, histoire de trinquer à l’ irréprochabilité de l’effort Joncourien. De vider nos godets, aussi, au brio de ses aidants. Mais Tinduff. (Feat. Brooke Sharkey, à nouveau) nous rappelle, en bonus classieux, qu’on pourrait bien vite remettre les voiles. Répété, presque ambient, il me laisse pantois ou plutôt c’est l’ensemble qui me coupe le souffle. Un peu comme si j’avais bu la tasse, terrassé par sa classe.

Je n’épiloguerai donc pas: le fan de différence que je suis, l’amateur d’approches décalées que je reste en a largement pour son compte. Cousu main mais pas commun, d’une entière cohérence dans ses élans expérimentaux, fougueux et éclatant, tempétueux et reposant, Sonars Tapes dévoile, de plus, un digipack superbe. C’est un sans-faute, audacieux, aux airs de virée en mer dont on ne peut s’extraire. Un disque féérique, salé parfois, comme peut l’être l’ étendue aquatique qui l’inspire, auquel on revient sans cesse afin de se soumettre à de nouvelles vagues de vif plaisir auditif.