Mona Kazu « Steel your nerves » (Falls Avalanche Records/Urgence Disk/Atypeek Music, 12 novembre 2021).

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Alerte générale, Mona Kazu revient! Avec un troisième album. Et ouais! Va falloir se fader, loin d’être fade, son indé truffé de clins d’oeil stylistiques (jazz, cold-wave, noise et j’en passe) sous couvert de vocaux marquants dans tous les registres. S’envoyer, sachant bien qu’une seule écoute ne pourra suffire à tout en extraire, ce Steel your nerves où les mots bataillent pour des causes nobles (la bêtise, le patriarcat, l’apathie, ses démons…). Où, aussi, la majesté des décors n’a d’égal que leurs variabilité. Priscille Roy et Franck Lafay ont convié Régïs Boulard (Sons of the Desert, Olivier Mellano…), batteur au jeu novateur, pour l’enregistrement. Ils souhaitaient un son plus direct: j’avoue ne plus avoir en tête leurs sorties d’auparavant mais ici, j’accroche de manière immédiate. Birds, sombre, vocalement notable et chaleureux, sauvage et bien mis, se déploie sans empressement. Il imprime, insidieusement, son climat doux-amer. Il pourrait rompre, mais se contente d’envolées tenues. Il a du chien, Porto twins lui fait suite en appuyant plus franchement sur la pédale noisy. Il est racé, comme souvent chez Mona Kazu, mais marie plans presque orchestraux, mélodiques, et pointes écorchées. La voix, bien entendu, se perche sur les sommets en termes de tonalités. Elle oscille, narre ou chante avec emphase.

Pluriel -il touche entre autres au théâtre-, la duo termine ce Porto twins dans un orage jazz-noise que suivent ces vocaux de choix. Entre beauté et éclaboussures, Mona Kazu trouve une juste posture. NoSon, finement dark, laisse le père Boulard poser son groove de futs. On pense, pour les embardées un brin orientalisantes, à Orange Blossom. L’arrangement se souille; il est partout, pour le coup et sur ce Steel your nerves, à son avantage. Om aime, chez Mona Kazu, ses fréquents changements de recoins. Son effort n’en souffre pas, il en tire au contraire profit. Les guitares jettent des accords sales et stylés, à l’image de l’opus en entier. Entre soufre et soie, entre les mouvances, dans l’excellence toute en récurrence. Eden, fragile, fait valoir ses motifs et s’anime sans percuter, sous le joug de la batterie notamment. Sur son second volet, il gronde et s’épaissit. On prend, encore et toujours. Il s’agit, lorsqu’on a la chance de faire couler ce type de son, de n’en rien rater. Alors tu penses si ce Solead de velours, légèrement terni, obscur et bridé, on l’accepte sans ergoter. Il avance sur un fil, ne rompt toutefois pas.

Tourbillon fait un peu de même, bien nommé. Un Tourbillon faussement amical, venteux sans se faire complètement tempête. Ah si, tout de même. Sur sa fin, il durcit le trait. Bien joué. Il scande…tourbillonne, prend des airs frontaux. Psycho, ensuite, riffe dru. Rock et rauque, serti de notes joliettes, il complète l’opus au point de l’optimiser. Kämpfen se pointe, encore cordes et Allemand d’un bel apport dans le chant. Ses soubresauts marquent, son lyrisme aussi. Ses ultimes instants s’emballent, puis laissent place à Troubles. La fin est proche, dangereusement proche mais avant d’en finir, imprégnons-nous de ce final prenant. Colérique, saccadé et magnifique, il termine vertueusement là où d’autres closent sans panache. Il breake, longuement, pour à l’issue rependre du coffre. Mona Kazu s’en sort sans dommages, pour la troisième fois, en affirmant sensiblement son approche. Il va bien falloir, si ce n’est déjà fait, compter avec ce projet décalé, hybride et inspiré, dont la rondelle sort par ailleurs sur trois structures aussi libres que son registre.