Pour sa “cinquième de six” le Festiv’Art d’ “Omiens”, voué à disparaitre et personne n’en sourit, avait décidé d’honorer la scène amienoise en conviant, judicieusement, Lagoon pour ouvrir, dans une veine pop-rock “franglaise”, puis les trublions fusion de Whatever NuFunk pour clôturer la soirée. Le tout dans cette salle Jules Verne qui, je l’espère, abritera bientôt d’autres sets dopés au Topset. Trêve de balivernes, tranchons dans la couenne du groove; le trio emmené par Gaby Gaudefroy tire le rideau avec honnêteté, le temps d’une salve de morceaux qui louvoient entre rock à la Française et brit-pop fidèle. Un peu trop parfois, les titres joués étant d’une indéniable qualité mais à parfaire, à mon sens, du point de vue de l’identité. Il n’empêche que tout s’enchaine bien, sans qu’on ait à déplorer de creux notables dans le registre. La plume, de plus, est inspirée. Reprises dispensables, dirai-je tout de même, en bémol à une prestation qui ne peut que contenter les auditeurs de Foals ou d’un Deportivo. Car les hommes, visiblement, sont en capacité de bâtir un répertoire bien à eux, exempt d’influences audibles. Un EP est prévu, en janvier 2022. Gageons qu’il reproduira, sur sillon, les aptitudes que Lagoon affiche en ce vendredi soir. Pour l’heure c’est un live sans fard, ponctué par une poignée de morceaux solides, que délivre le groupe samarien. A poursuivre.


Lagoon.

Passage au bar, gorgées de Goudale. Je me dis, ayant vu jouer Whatever NuFunk au MisAmpli de Doullens, qu’on va déguster sévère. Je le sais, même, sans prétendre à la “prétentiosité”. Tu parles Charles, c’est “encore plus pire” que ce que j’avais escompté! Les Red Hot (ceux des débuts, les vais, les fous) grimpent sur la croupe des Beastie Boys (ceux de toujours) en brandissant un skeud de Fishbone. Groove your life up, l’amienois! C’est la tornade, la sérénade: rock, jazz, funk et hip-hop crashent sans glissière. Ouragans cuivrés, tchatche du chant, melting-pot joué sans jamais flancher, gestuelle en mouvement perpétuel, symbiose d’un duo de cuivres ivres. Un régal Chantal! Un “keutru d’tarba”, comme disait Confucius dans ses moments de confusion. Cessons de philosopher, une question se pose: pourquoi ce type de clan, si doué, n’est-il pas plus exposé que ça? A voir la scène de ce soir, il mériterait largement une exposition XXL. Le groove d’un OTG, le nerf des guitares, la folie du tout, un Jeez souple et musclé aux partes speedées, entre autres morceaux auxquels on accorde toutes nos voix, créditent Whatever NuFunk à 196% (d’après un rapide calcul). Seul le sourd n’y entend rien, le show restera en mémoire et la maîtrise de ces six-là est tout bonnement bluffante. New shit, loin d’être merdique, remet d’la funk dans le chaudron en ébullition des mecs issus de Cité Carter. On tempère, parfois, mais c’est pour mieux regicler ensuite. Diantre!, j’en foire mes réglages! Tant pis, ce soir on vit un truc de b+++++.


Whatever NuFunk.

Woof assène son refrain, imparable. Wah wah, font les grattes sur un PNB aux voix euphoriques. Le cocktail est épicé, virevoltant. J’écris ces lignes au son de The Breakbeast, dont le Monkey riding god met mes baffles enceintes. C’est la furie funky, en ce vendredi evening. Whatever NuFunk endiable les corps, déploie un tenue de scène que beaucoup lui envieront. Nous avons localement, je tiens à le répéter, toute la qualité possible. L’originalité, aussi, quand on voit à quel point le sextette pétrit les genres. La prestation est magistrale, qui plus est gratuite (clin d’oeil à ceux qui râlent encore quand il faut mettre ne serait-ce que 10 balles dans un concert). Pour ces cliques-là, débourser ne serait que normal; elles donnent tout, marient talent et sens du partage. La fête est complète, on en repart sonné et dérouillé. Ca fait le plus grand bien, il me tarde de revoir ces délinquants scéniques attachants sur d’autres planches, bien vite. Pour celles de ce soir on remercie avant toute chose… l’éternel Jules Verne, pour le prêt de la salle, et la brigade du Festiv’Art qui, pour sa der, s’est permis de faire fort de bout en bout, sur six soirs sans creux aucun.


Whatever NuFunk.

Photos William Dumont “Will Dum“.