Amami « Soleil » (Les Disques Bongo Joe/L’Autre Distribution, 20 août 2021).

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Trio genevois -déjà un très bon point-, Amami pétrit dance hall, afro pop, guayla, groove dub imparable et sonorités moyen-orientales. Un EP est déjà sorti (Giant, septembre 2019) et voilà t’y pas que les Suisses, dans leur folie communicative, nous livrent un Soleil aux huit titres frappés et rayonnants. Un vrai dépaysement, énergique, singulier, qui chez Bongo Joe est somme toute légion. Emmené et créé par la claviériste et bassiste Inès Mouzoune, Raphaël Anker (Imperial Tiger Orchestra) à l’EVI, aux percussions et à la boite à rythme et Gabriel Ghebrezghi au chant
et casiotone, situé à la croisée des sources et origines, le clan s’est fendu, entre autres, d’une prestation remarquée aux Transmusicales de Rennes, fin 2019. S’ensuivit la pandémie, synonyme de…création pour les trois comparses, avec à la clé, donc, ce disque enivrant et enthousiasmant.

Un recueil qu’il ne s’agit pas de classifier, mais d’écouter jusqu’à la surdité tant ses sons et rythmes gagnent l’auditoire sans lui laisser d’espoir (de résistance). C’est Highway Deli, tangage dub en bandoulière, avec ses accents exotiques, qui déjà met tout l’monde d’accord. Aussi souple qu’acidulé, il suscite les premiers déhanchements. Ceux-ci s’endiablent avec le titre éponyme, qui m’évoque une forme de cold-wave solaire. De partout fusent les sonorités, les rythmes et vocaux qui, alliés, vaincront tout un chacun et le convertiront au « Amamisme ». Le chant en Français, délirant, s’invite par ailleurs aux débats et ébats.

Avec Atlas, le voyage s’étend. Les boucles déferlent, venues d’ailleurs. Ca incante, la cadence est soutenue. Le résultat, ici aussi, se place en marge des courants connus. Soleil, en dépit de son intitulé, est d’une fraîcheur revigorante. Et chaleureux, au moins autant. In the city l’affuble d’une virée syncopée du plus bel effet. On ne sait plus très bien où on en est, percuté de plein fouet par Amami et ses créations hybrides et multi-genres. Dangerous flowers est à inscrire, bien évidemment, dans cette catégorie. Dub et cinglant, un tantinet trip-hop, il amène aussi un léger penchant psyché/céleste. On s’y laisse berner, on ne risque d’ailleurs pas de redescendre de sitôt puisque Sempre tu, truffé de sonorités de synthés pas trop faites pour le thé, déboule pour nous retourner la boule. La dernière fois qu’un combo m’avait autant retourné, c’était en live et ça se nommait Skip & Die. On retrouve, avec Soleil, un esprit similaire et, au bout du compte, un rendu tout aussi renversant. Mystery, par son dub délié, poserait presque le jeu.

Presque car sa texture, bien que se voulant « apaisée », n’est pas de celles qu’on percute tous les jours. Le terme arrive, on n’a pas lâché une seule seconde le brassage haut en couleurs d’ Amami, dont le Soleil réchauffe les coeurs et dérouille les corps. C’est Fresh (tu m’étonnes!), pour finir, qui nous offre ses saccades et sons derechef captivants. Mélodieusement cette fois, Amami continue à bifurquer. On n’a pas fini de le suivre dans ses chemins de traverse, dans ses suites de petits bruits qui restent en tête jusqu’à nous la faire perdre (la tête, vous l’aurez compris). De ses provenances et orientations, le projet helvète trousse là un amalgame inédit, personnel à souhait, qui pour son premier « long play » le place d’emblée en haut de l’échiquier de la création sonore singulière et dynamisante.

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