Jaromil Sabor “Mount vision” (Howlin Banana Records/Permanent Freak/Safe In The Rain Records, 9 juillet 2021).

0
571

Projet de Loïk Maille, musicien originaire de Bordeaux (il a débuté là-bas avec Arthur Pym And The Gordons, groupe de garage punk), basé aujourd’hui à Paris, Jaromil Sabor sort avec ce Mount vision son sixième album. Sa pop d’artisan du son, troussée en mode DIY justifié puisque que le bonhomme sait y faire, renvoie de l’éclat, des mélodies, des arrangements soignés. Brick by brick, pour se référer à un album d’Iggy, le sieur Sabor élabore, avec les moyens du bord et une belle dose d’imagination sonore, un éventail poppy désormais logiquement reconnu. S’il se fait alerte parfois (Red Sun, pop-rock cuivrée et enlevée), et chacun s’en réjouira, il fait constamment preuve de finesse, trouve les motifs décisifs, et lorgne avec bonheur vers des ères passées. Celles des Kinks, par exemple, dont la brillance mélodique est ici égalée. On my mind, frais et cordé, de goût, fait d’emblée souffler un vent pop bienfaisant. Ruins of wave, à sa suite, inspire la même adhésion, sur un déroulé plus posé.

Une fois de plus, on prend bonne note de l’ornement. Wizard of rain arrive ensuite, pop-folk, doucereux mais aussi acidulé. Dans le chant, caressant, comme dans l’étayage, varié tout en se voulant d’une cohérence imprenable, Jaromil tape dans le mille. Il ne Sabor-de rien, c’est à l’inverse sa dextérité dans la création qu’on place au premier plan de nos constats. Photograph, passé le Red sun mentionné plus haut, retombe complètement. Doucement, il émerge et se souille sans empressement. Quand viendront les lauriers, on n’oubliera pas d’en coiffer Jaromil Sabor, issu de la caste des musiciens trop peu honorés. Lucky stone, au galop, en apporte la preuve. Mille milliards de Jaromil Sabor! J’avoue avoir cru, à la lecture de son patronyme, à un attaquant tchèque de haut niveau.

Rien de tout ça, Loïk est de chez nous et nous ravit. Il est dommage, ici, que l’effort baisse la garde, sur sa fin, en termes de vigueur. Fountain Heart est beau, sobre, sans défauts. Let My Drinks Come True est empreint d’élégance, d’un délié gentiment piquant qui en fait un must. Ses guitares s’emportent, voilà devant nous une belle incursion noisy. Ce sont les deux derniers titres qui, sans démériter -on connait, il est avéré, le talent de Jaromil Sabor-, se font très mélodiques. Sailin’ on the Piper Maru charme vocalement, recourt à des ritournelles à nouveau Kinksiennes dont “JS” a le secret. “J’m’ai trompé”, comme disent ceux qui bousillent notre langue: Jasmine Harvest, en guise de conclusion, affiche tout à la fois énergie et étincelance. Il est appréciable, pour le coup, de finir sur une note vive. Ca place Mount vision bien au dessus du lot, quand bien même sa toute fin se pose et convoque de belles cordes dans un envol d’obédience psyché…avant de gicler à nouveau.

Mea culpa donc, aucune baisse de régime au programme. Tout est bien fait, les dix titres livrés sont issues d’une bonne cuvée. Sabor, avec l’appui de Stéphane Jach : violins, flutes and trumpets; Stéphane Gillet : drums sur Ruins of Waves, Red Sun, Lucky Stone et Sailin on the Piper Maru, guitar sur Let My Drinks Come True; François Tastet : drums sur On My Mind, Wizard of Rain, Fountain Heart et Jasmine Harvest; Sam Roux : guitar sur Photograph; Elisa Langdorf : back vocals; Nico Brusq : drums sur Let My Drinks Come True et Inaniel Swims : bass sur Let My Drinks Come True, balance de l’excellence et façonne une pop majestueuse, qui n’oublie pas de s’enhardir avec assez de constance pour ne laisser personne au bord du chemin.

Bandcamp Jaromil Sabor