Telex “This is Telex” (Mute Records, 30 avril 2021).

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Fondé à Bruxelles, en 1978, par Marc Moulin, Dan Lacksman et Michel Moers, Telex amorça la pop électronique et se fendit, à l’époque, de six albums où grouillaient les tubes inhérents au genre concerné. Aujourd’hui Mute Records, qui réédite souvent avec à propos, compile le meilleur du trio. Qualifié de Kraftwerk belge, celui-ci cumule en tout cas, dans une veine qu’on pourrait effectivement rapprocher de celle suivie par Florian Schneider et consorts, les hymnes immédiats, groovy et parfois dépaysants (The beat goes on/off qui lance la danse disco-pop…un brin exotique, pour le coup). Nous voilà alors partis pour quatorze pièces racées: Moskow Diskow instaure le Français et pulse avec élégance dans le mot, façon Bikini Machine, pour évoquer un groupe de maintenant, sans les guitares. Dans son tout synthétique, Telex s’en sort avec les honneurs et même bien plus. Twist à Saint-Tropez, minimal et estival, laisse Telex sur les bons rails et l’émaille de sons qui font la décision. La remastérisation, en outre, rafraichit un tout qui aurait presque pu s’en passer car sans forcer, il séduit et dérouille les corps. Euro-vision, teinté d’ironie quant à la “formidable” émission “culturelle” dédiée à ceux qui tirent vers le bas, envoie la même immédiateté. Il est de plus piquant dans sa légèreté, doté de synthés à nouveau bien placés.

Dance to the music, bien nommé, robotise sa voix, fait son Kraftwerk, justement, et pulse irrémédiablement. Le clavier est roi, il fait foi. Drama Drama est presque crooner, débarrassé de toute surcharge. C’est sa sobriété qui, ici et tout au long de son existence, amène et amena Telex aux sommets de la disco-pop. Exercise Is Good For You est joueur dans ses boucles, L’anour toujours place, presque, des riffs rock détournés. Et, comme de coutume, des gimmicks auxquels on ne peut résister. Les mélodies vocales renforcent la teneur, déjà fort plaisante, du recueil. Telex a l’art d’étayer son registre, mesurément. Radio-Radio se fait un brin cold, marie voix “vraies” et vocaux visiblement off. A chaque morceau, on décèle des atouts déterminants. Rendez-vous dans prend une tangente céleste, que valident ses voix. L’attrait est constant, les trames loin d’être figées même si la dominante, bien entendu, est d’obédience électro-disco aux airs pop.

De A à Z, les airs de synthés font sensation. Légers, souvent, plus acidulés, parfois, ils font mouche. Beautiful Li(f)e, électro-cold aux chants divers, l’illustre bien. L’écoute de This is Telex, comme avec tout opus antérieur du groupe, fait qu’on n’en occulte pas le moindre titre. On ne peut s’empêcher, au terme de chacun d’entre eux, de poursuivre l’audition, assuré de la valeur de l’ensemble. Ici des airs quasi flamenco surgissent, plus loin les nappes séduisent et embarquent à nouveau (The Number One Song In Heaven). Le chant passe aisément, grave et délié. Là où d’autres recourent au remplissage, Telex enfile les perles. Il s’amuse aussi (La Bamba), reprend à sa sauce et avec bonheur. Du titre en question, il fait un exercice tranquille, aussi bon voire meilleur que lorsqu’il est joué dans sa version originale. Il donne envie, ce This is Telex, de se replonger illico dans l’intégrale de la clique.

On y trouvera, sans nul doute, de quoi se gaver les écoutilles. Pour l’heure c’est Dear Prudence, de qui vous savez, qui clôt en reprise maison une compilation ayant pour mérite de replacer sur le devant de la scène un groupe essentiel, porteur d’une brouettée de hits inusables et dépositaire d’une musique “dance” conçue avec agilité, dans l’absence de surcharge. Un son acceptable, et d’ailleurs approuvé, par bon nombre de castes musicales différentes et d’ores et déjà prêt à convoiter avec fierté, les vrais comprendront l’allusion, la dernière place de l’Eurovision à venir.

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