Kourgane “Bunker Bato Club” (Réédition.A Tant Rêver du Roi, 11 juin 2021).

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Publié à l’origine en 2006 et en cd, par Amanita Records et Relax Ay Voo, le fameux Bunker Bato Club de Kourgane ressort en ce mois de juin en vinyle, sous l’égide du label palois A Tant Rêver du Roi. C’est même la centième référence de ladite structure et c’est loin de ne rien valoir; c’est un honneur, une reconnaissance, que la portée de cette ressortie vient appuyer avec force et identité. Quelque part entre les ruades noise d’un Virago, la fantaisie fusionnante d’un Singe Blanc et, surtout, la personnalité d’un…Kourgane, car celui-ci ne doit rien à quiconque, la rondelle en question est un monument. Ni plus ni moins. Vocalement, déjà, elle se singularise. Belliqueux, enflammé, sauvage et expressif jusqu’au bout de ses syllabes, le chant contribue grandement à la certification de ce Bunker Bato Club.

Jérôme Renault (Batterie), Gilles Lahonda (Guitare Baryton), Ryan Kernoa (Guitare) et Frédéric Jouanlong-Bernadou (Chant) s’y allient, fous à lier. Fous alliés, en plus. Stephan Krieger l’enregistre, Gilles Lahonda le mixe et le mastérise, Jean-Marc Saint-Paul en réalise l’artwork et “c’est marre”, comme on dit: Kourgane accouche d’un rejeton turbulent, percutant, définitif. L’un des meilleurs opus, à mon sens, d’un rock hexagonal qui trouve là un sacré parpaing à adjoindre à sa grandissante bicoque.

C’est Cerf A, aux riffs crus (Virago, tiens..), sur fond de voix à la Claypool, qui lance la première truelle. Diantre! Le bazar est ramassé, tranchant comme un silex. Il groove de ouf (jeunisme, quand tu nous tiens..), Jouanlong-Bernadou y fait le caméléon vocal. Sa rythmique est souple et assénée. Le résultat? Imparable. On passe à Tourelle, syncopé. Brut et pourtant si pensé. Oh, The Ex et son exotisme noise rugueux, groovy, surgissent dans mes souvenirs. Ce ne sont, toutefois, que des bribes qui, ça et là, me viennent en tête. Car Kourgane, il est bon de le rappeler, n’est redevable qu’à lui-même. Guernica sobresalto balourde, sur le tableau bigarré, une belle giclée impulsive, wild, incoercible. Et fendue, de manière ingénieuse, par des incrustes délirantes. C’est le fracas, au style qui ne se définit pas. C’est Kourgane et c’est pas des ânes, loin s’en faut. Les mecs se font funky, de façon cinglée, quand arrive Proche. Oh mazette, ces petits sons aigrelets, couplés à des élans passés au soufre. On adore et on n’y peut rien, mon quinquin. C’est juste trop bon, trop à part pour qu’on s’en sépare.

Allez, face B. C’est un vinyle, Bill. Il est beau. Le titre éponyme se retient, dépayse. Paroles folles, mais matière à réflexion. Poésie de la démence teintée de (dé)raison. Le tonnerre arrive, sous le joug d’une section “basse-batt” libre et soudée. Comme l’ensemble. Ici, tout s’imbrique comme si Kourgane s’essayait à ça depuis belle lurette. Ca défrise, parfois ça se jazze (le bien nommé Schizophrenic Outsider) avec une classe ébouriffante. S’il vaut par ses galops noise, Bunker Bato Club est un album intelligent, subtil aussi. D’humeurs, cela va de soi, changeantes et impossibles à anticiper. Victoria Lac titube d’abord, fonce et rebondit. Je vous mets au défi, tous autant que vous êtes, de me dénicher une telle mixture. Pratiquée depuis la fin des 90’s, ère bénie, et jamais prise en défaut. Et ce n’est surtout pas What did you do today Darling ?, aux premiers soupirs jazzy free et déroutants/entêtants, qui la fera flancher. Kourgane frappe fort, Kourgane EST fort. Voix fine, sensible. On bride la bête, splendidement. L’implosion guette, l’équilibre est précaire et prenant.

On s’en tient, pourtant, à cette magnifique…euh…sobriété. Je ne sais pas si c’est le mot. Toujours est-il que c’est la fin, on n’a plus qu’à réenclencher le play. Ou, plutôt, à reposer le bras sur le sillon d’une couleur verte bellissime, centrée de rouge. ATRDR, pour sa centième, s’offre une “reissue” de génie, qui remet au goût du jour une approche qu’on n’entend pas tous les jours. On lui en sera reconnaissant: les amateurs de son en marge trouveront pour le coup, et à nouveau, de quoi se gaver et s’abreuver tout en honorant un label cité en référence dans de nombreuses colonnes, à commencer bien entendu par celles de ce webzine.

Site ATRDR / Bandcamp ATRDR