Cantenac Dagar “Seseuda” (blindblindblind/Atypeek Music, 21 février 2021).

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Duo issu de Polynésie Française, si j’ai bien saisi, Cantenac Dagar pratique une musique répétitive, jusqu’à l’obsession, et use entre autres des éléments suivants: banjo, cloches, lecteur de cassettes et beatbox humain. Avec Seseuda, dernière livraison en date, deux morceaux sont au programme. L’un dure seize minutes, l’autre dix-huit et d’emblée, on est entrainé dans une sarabande bruitiste, psyché, noise, dont surgissent quelques “voix” fantomatiques, d’abord, puis plus scandées. Saique, le titre introductif, empile tout ça et parvient, par cette union improbable, à captiver nos sens. Une cadence lourde mais marquée porte la composition, dont les différents motifs et le côté “souillé” font également leur effet. Immuable ou presque, voilà un début qui ne concède rien à la facilité et encore moins à la normalité. Une amorce immersive à souhait, exigeante, qui pourrait éliminer les moins persévérants. Et qui, à l’inverse, récompensera l’investissement de ceux qui n’ont pas fui, restant en phase avec un rendu dont on se doute bien qu’il nécessite d’être un tant soit peu apprivoisé.

Pour ce faire il est préférable, voire obligatoire, d’avoir les fouilles grandes ouvertes…et “exercées”. De s’être frotté, d’ores et déjà, à des disques délibérément “chercheurs”, dédouanés de toute contrainte artistique et de toute visée purement mercantile. Seleau sera alors plus “aisé” à appréhender; aérien dans un premier temps, doté d’un rythme à nouveau lent mais présent, il initie un deuxième trip sans retour. Il ne se qualifie pas: seule l’écoute en dévoilera, de manière marquante, la teneur. Elle fera surgir, aussi et surtout, les sensations qui en découlent. De temps paisibles en soudaines trouées noise, en sonorités qui vous arrachent à votre tranquillité, vous extraient de votre piédestal, l’effort dérange et dénote superbement. Sur le second volet du titre, les embardées soniques s’épaississent. Elles occupent toute la place, dérapent et hypnotisent. Une voix cinématographique s’invite, brève. Tout ça se termine en orage noisy, à l’issue d’une virée sans égal.

Sonné, mais aussi séduit si comme vous qui me lisez, et moi-même, le quidam, s’il aspire à être “interpellé”, trouvera là son bonheur. Sans nul doute. Sans forcément se caser dans le rayon des opus qu’on écoutera à maintes et maintes reprises, Seseuda et ses deux plages surprenantes mérite qu’on y traine, qu’on s’y laisse piéger, au point d’en tirer des bénéfices sonores et mentaux durables et ardus à ensuite “gommer”. C’est là le pouvoir de tout album singulier, comme l’est évidemment celui-ci. Qui, outre ses vertus psychotropes, titille la curiosité quant aux autres sorties du Cantenac Dagar d’ Aymeric Hainaux et Stéphane Barascud.

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