Raoul Vignal “Years in Marble” (Talitres, 28 mai 2021).

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Après deux opus qui lui valurent moultes distinctions, le lyonnais Raoul Vignal revient, chez Talitres, avec un Years in Marble où sa flamboyance folk un brin allégorique perdure. Enregistré en lieu sécure, en comité restreint aussi, l’opus respire la paisibilité, offre des coins d’ombre, s’anime avec une grâce que le Rhodanien pourrait à mon sens, de temps à autres, “saloper” un peu plus. Il n’empêche, le sieur Vignal est roi dans son registre: il berce, se fait aérien, faut usage d’un étayage réduit, sans excès ni démonstration stérile. City birds, qui ouvre l’ensemble, est fait de ce bois: délicat, animé, toutefois, dans son jeu de guitare. Son chant est sensible, des élans retenus, volants, s’intercalent dans la chanson. Century man suit dans ce même tissu finaud, doucement agité. Et bien orné, s’en tenant bien entendu à une élégante retenue. Dans sa posture entre clarté et détours grisés, Vignal trouve un équilibre assuré. Coastal town est lui plus vivace que ses prédécesseurs, sans toutefois se faire tourbillon ni trop polisson.

Years in marble, globalement et bien souvent, aspire à la paix. Red fresco réitère subtilité des notes, finesse de l’étayage. Ecouté à volume poussé, l’effort folk de notre homme remplit l’espace. Bien qu’intime, il renvoie du coffre. Silence, dans la lenteur, s’envole. Léger, avenant. Enhardis-toi Raoul, ai-je, parfois, envie de lancer. Pourtant je reste. A l’écoute. On trouve là de quoi se purger, revenir à des terrains accueillants. Loin du tumulte, dans des espaces protecteurs où le tourment n’est pas légion. Summer sigh nous y étreindra, rassurant. Avec, pour toute parure, voix, guitare, batterie discrète et sincérité dans le labeur. Il est bon de s’y laisser choir, en proie à un délicieux abandon. De soi, d’un peu tout finalement. C’est peut-être bien, d’ailleurs, ce que recherche Vignal pour, au final, mieux partager. Donner de soi, sans rien attendre en retour que ces tranches de vie communément vécues.

A River Runs Wild, tiens, se montre plus vif. Temporairement certes, mais ça mérite d’être souligné. A côté de ça la fine équipe conserve ses élans polis, sa vêture d’or fin. To Bid the Dog Goodbye, magnifique, vire pop-folk, alerte. Notons, c’est décidément un fait récurrent, la beauté du décor. Il semblerait bien que Years in Marble, à force d’écoutes, s’accroche au coeur. J’ergote, néanmoins, encore: j’aurais placé de mon côté, dans ce disque, quelques “diableries” de nature à balafrer le magnifique. Comme l’est Heart of the Lake, déshabillé ou presque, qui amorce la fin des débats. On revient là à des atours placides que la frappe bridée de Lucien Chatin fait vivre. By a Thread se fend d’un arrière-plan joliment obscur, qui pourrait imploser. Il n’en est toutefois rien: le morceau demeure posé, joué avec un ressenti audible.

A l’issue Moonlit Visit, sans heurts, vient clore un ensemble uni, à la quiétude communicative. Le mouvance folk, de ce Years in Marble, ressort grandie. Raoul Vignal, lui, prolonge un parcours qui le crédite, valide ses aptitudes -on en est, rappelons-le, à sa troisième sortie d’un format étendu-. Dans le même temps il gratifie son label, l’incontournable Talitres, d’une nouvelle pièce de choix, au son façonné par Matteo Fabbri, à ranger dans le rayonnage bien indé de la structure bordelaise.

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