Hawaiian Vest/Wolf City “We Will End In Light” (Coeur sur Toi, 14 mai 2021).

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Fruit de la collaboration entre Hawaiian Vest (Edmonton) et Wolf City (banlieue parisienne), We Will End In Light offre cinq titres profondément expérimentaux -logique au vu de l’approche des deux comparses-, doom, sombres, dotés de voix fantomatiques (l’introductif Untitled) sur fond vaporeux. Après ce début bref, on entre plus pleinement encore dans le vif du sujet, via Soft Wand et ses vingt minutes d’ “indie doom” ciré à la noirceur, où les chants se font pour le coup narratifs. Et la trame sonore, de par l’insistante répétition de ses motifs, complètement entêtante. Mais jamais figée, fougueuse et sauvage qu’elle devient passé son amorce étirée. Ce Soft Wand est un peu, par ailleurs, le morceau de bravoure du projet. Hurlé, lourd et fait, aussi, de breaks finauds, il laisse pantois celui qui l’aura écouté jusqu’à son terme. Entre puissance et subtilité, il laisse filtrer une fumée noire, divaguer des airs vaguement post-rock. Le discours, dans cette cassette de gris et de noir, aux écrits blancs, n’est pas rose. L’union des intervenants, en tous les cas, fait ses preuves et ne laisse guère le choix quant à l’orientation choisie. Flowers In Yr Hair, lancinant, traversé par des guitares mélodieuses, crépite.

C’est un pavé, maîtrisé bien que libre dans son cheminement, de choix. Une fois de plus, on breake dans le tourment. Dans l’excès sonore aussi, avant de reprendre une avancée pachydermique et, pourtant, groovy dans ses abords. On inclut des mélodies, celles-ci tiennent debout malgré le parti-pris opaque, obscur, de la paire d’artistes. Laquelle, cette fois, nous trimballe sur près de huit minutes sans nous perdre en route. Car ses morceaux, certes éprouvants, valent des écoutes en nombre. Ici on ne fait pas de concessions, l’heure est avant toute chose à l’errance créative. Couronnée de plages notables, celle-ci débouche ensuite sur A Disappointment. Un drone sans fond ou presque, qui se baigne d’une lumière blafarde à l’issue de son début. Les voix, une fois de plus, font effet de par leur récit. Des notes fines entourent le titre, qui entérine avec succès l’option ouvertement “chercheuse” de l’album.

En toute fin de course Glowing, sur sept minutes et à la manière du Swans des débuts, ou d’un Godflesh ère Streetcleaner, braille sur une cadence pataude. Noise, doom, indéniablement indé, psyché et enflammé, corrosif, We Will End In Light semble s’extraire d’un tunnel où s’agitent quelques loupiotes, histoire de laisser le noir, l’obscur, prédominer. Les guitares dégoulinent, livrent aussi des airs avenants. Les vocaux, virils, s’assènent. Hawaiian Vest/Wolf City, au gré d’une association accueillie par Coeur sur Toi, réussissent leur pari: celui d’une musique fidèle à l’esprit de ses auteurs, sinueuse et constamment attractive malgré la nécessité, à l’écoute, d’aller la chercher avant de complètement l’intégrer.

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