Plattenbau/Fleuve « Split Tape » (Après Jordie, 2 mai 2021).

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Label éphémère lancé par les deux membres de Lovataraxx, de Grenoble, Après Jordie se destine avant tout à faire plaisir à des groupes croisés, ici ou ailleurs, et appréciés. C’est donc le cas avec les deux formations réunies sur ce split: Plattenbau, duo électronique basé à Oakland, qui s’appuie sur l’usage exclusif de synthés. Et Fleuve, trio indie-slowcore de Grenoble ancré dans le DIY. Ce dernier ayant assisté à un concert de ses collègues Américains, à Grenoble, l’idée est alors venue de les unir sur un support. Une bonne vieille cassette, d’autant plus accomplie que musicalement, les deux « belligérants » officient dans des registres très tranchés. Ca ne peut par conséquent que coller, amener de la diversité. Dream objects, de Plattenbau, nous plonge dans une rêveuse obscurité, magnifiée par le chant d’ Aubrey Fisch. Nuptiale, la paire s’est par ailleurs fendue, ces derniers temps, d’autres essais sans sparring-partner, eux aussi attrayants. Ici, elle poursuit avec un Retreat au ralenti, comme figé, au chant murmuré. Minimal, l’étayage est ajusté. On se sent sombrer, avec délectation, dans une délicieuse torpeur.


Plattenbau

En troisième place, Deep echo se fait plus remuant, jouant une électro-cold au fond vaguement jazzy. Persiste, bien entendu, la sensation de rêverie enveloppante. La chanson permet à Plattenbau de diversifier sa partie, tout en conservant sa patte: sa propension à capturer l’auditeur, à l’enfermer dans une bulle sonore ouatée et délicate, drapée de gris. Il y a du Portishead, dans l’émotion, dans la finesse spleenée et ombragée du morceau. Puis Silent and still, sur une minute et demie de sons dark, se déploie en laissant émerger une voix céleste. Mention bien et même mieux, donc, à Plattenbau dont le Days Like Water, entre autres sorties de choix, vaut lui aussi son pesant d’écoutes.

Place à Fleuve, ensuite, avec son Basalte qui exalte. Slow, core…donc slowcore. Avec, dedans, des morceaux de Chokebore ou de Troy Von Balthazar. Et cette voix, mélancolique, qui colle à l’ensemble. Comme chez Plattenbau, on instaure une touche personnelle, marquée, qui incite à l’écoute impliquée. On fait dans une douceur trompeuse, on use de motifs joliets. L’amorce est belle, réussie. Endémie, sur plus de six minutes, lui fait suite avec autant de prestance. On est happé, derechef, puis une montée en « puissance » sans excès vient enjoliver, s’il le fallait encore, l’ouvrage. Découverte notable, Fleuve s’écoule sans sortir de son lit et s’il le fait c’est encore, pour l’heure, dans une certaine retenue. Il est néanmoins fiévreux, mais sans imploser. Fossiles, subtil, varie ses cadences, griffe sans laisser de marques. Sauf la sienne, classieuse. L’instru passe comme une lettre à la poste…quand elle fait son boulot.


Fleuve

A l’issue Débris, dans cette même lascivité attristée, fait merveille une ultime fois. Il semble s’emporter, reste néanmoins sur le fil. Sa fin, plus tumultueuse, le voit toutefois s’enhardir. Bien vu. L’idée est bonne, ça lui permet de ne pas s’inscrire dans l’immuable. Et, accessoirement, de terminer le Split avec brio. Après Jordie, pour sa seconde sortie après sa première Split Tape -bien « expé »- mariant Guilhem All et Ponge, nous donne l’envie de le secouer pour l’amener à des parutions plus fréquentes. C’est déjà pas mal -du tout-, on se laisse ici embarquer sans rechigner ni ergoter sur la marchandise, d’une qualité impossible à nier.

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