Mary Bell “Bellatrix Boadicea” (Destructure Records, 2 avril 2021).

0
695

Groupe punk féministe issu de Paris, Mary Bell continue à performer dans la rage et l’énergie avec Bellatrix Boadicea, qui inclut quatorze morceaux soit directement fonceurs (Minimoi), soit alertes mais plus tempérés comme peut l’être le déjà excellent Consent placé en pole position. Baignées dans le DIY, impliquées dans Le Collectif Semi-Conscient, qui regroupe artistes et formations musicales afin de favoriser la mise en commun des moyens, les trois filles et leur acolyte adoptent des souillures grungy, un ton post-punk, et font mouche par le biais de plages courtes et efficientes. Celles-ci, de plus, portent des mélodies valables (Dog on a leash), le timbre mutin des chants donnant un parfum d’insurrection à ce disque dont la pochette a été dessinée par Elzo Durt. Cat opera la confirme, ramassé et offensif: on n’est pas là pour faire les Casimirs, on dénonce même sans se planquer (le très punk-rock/riot Sacrificed, par exemple, évoque le harcèlement de rue).

Avant lui, Trains nous aura placés sur les bons rails: post-punk à la Wire, accompli, de nature à empêcher toute tentative de fuite. Alors on reste: l’attitude, ici, est vraie et les chansons sans failles. Les petits motifs décisifs, dans l’instrumentation, apportent ce surplus qui fait la différence. Mary Bell colore sa rage, lui donne de jolis contours. Turning tables pose même un début rêveur, avant de gonfler le torse et se faire plus mordant. Il n’empêche, le panel est étendu sans qu’on s’y égare. Oh, des sons indé à la Breeders, sur ce même titre, se pointent et on ne va surtout pas s’en plaindre. Puis Afraid, de sa basse leste, groove. Mary Bell ne se relâche pas, on ne trouvera aucun effort, sur ce Bellatrix Boadicea, qui fasse dans le moyen.

Avec SM ate my life, saccadé et emporté, la machine repart de plus belle. L’ornement, une fois de plus, est de choix. Some friendships are meant to end (you never cared), à l’intitulé si lucide, joue une noisy-pop qualitative. Suit & Mask, sur à peine plus d’une minute, fonce puis ralentit, impose ses airs bourrus. Naughty Donut lui succède en coup de boutoir punk bien senti. L’album s’écoute d’un jet, (très) bon et sans temps morts. And the dinner is served dure tout juste 52 secondes, il bucheronne allègrement. Bellatrix Boadicea, toutefois, reste très audible et soniquement live, sans polissage superflu. On ne trompe ni sur le propos, ni sur la marchandise. C’est pas le genre de la maison, loin s’en faut…

C’est allé bien vite, on aborde déjà l’ultime salve du quatuor: Rapists behind the scene. Une composition d’abord mid-tempo, bridée. Puis, sur sa deuxième moitié, c’est l’embardée galopante. Le tout avec naturel, dans l’entrain et avec adresse dans la mise en place. On valide, s’il était nécessaire de le préciser, sans plus attendre. Après deux ep et deux lp, Mary Bell assied complètement son style, son discours, et gagne encore en fiabilité. Indie à bloc et dédié au “bien faire soi-même et avec les copains”, il fait partie d’une sphère précieuse, en pied de nez remonté à la frange la plus docile et commerciale de la production musicale.

Bandcamp Mary Bell / Site Destructure Records