Lazy Lester feat. Benoit Blue Boy & Geraint Watkins “Yes indeed!” (Tempo Records/Socadisc, 13 mars 2020).

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Hommage à Lazy Lester, créateur du swamp-blues à la carrière longue comme le bras, enregistré en avril 2003 à Périgueux lors du MNOP festival, voilà un disque au blues sobre que jouent, réunis ici pour la cause du genre et du bonhomme honoré, BENOIT BLUE BOY & LES TORTILLEURS -bien loin, d’ailleurs, de tortiller-, et GERAINT WATKINS, avec le sieur LESTER assis sur le trône du cachet vocal. Une fine équipe au blues sans manières, où personne ne fait le fier, troussé dans la vérité. On ne reviendra pas sur le parcours de l’artiste, l’objet est ici le contenu et de ce point de vue, c’est un modèle d’ajustement, de concision ajustée, qui nous est servi. Si les trames restent bridées, si on aimerait, parfois, qu’elles “pétaradent” davantage, on ne peut que saluer la justesse du jeu. L’unisson, aussi, de francs-tireurs qui n’ont plus grand-chose à prouver. Nombreuses, ici, sont les reprises et je l’avoue, c’est ce qui dans le blues m’exaspère. Les mecs ont un talent fou, une attitude vraie, pourquoi donc reprendre à tout-va? Ca n’empêche certes pas la valeur du rendu, joué sereinement, nappé d’interventions sobres et bien mises telle celle qui met l’orgue en avant sur What you want me to do d’un certain Jimmy Reed. On a aussi droit à quelques encarts un brin plus “fougueux” que le reste, le I made up my mind de Jerry West inaugure d’ailleurs le tout sur une note assez vive. Des giclées d’harmonica, racées, surgissent.

On est, pour le coup, dans une quiétude qui ne confine pas à la mièvrerie. A string to your heart, de Reed également, sonne daté et c’est ce qui le rend si franc: malgré ses origines reculées, le blues possède ce côté intemporel qui lui fait traverser les ères sans dommages. De cette complainte allégorique, on passe au Ya ya de Bobby Robinson et Lee Dorset. Un mid-tempo plutôt entrainant, serti avec brio et sans aucun excès. Tout ce petit monde pourrait se la péter, il a pour ça les aptitudes musicales requises. Que nenni!, on s’escrime à faire simple et réel. Une superbe envolée de guitare, pour le coup, pimente le morceau. Derrière ses airs de ne pas y toucher, jusqu’au bout de sa modestie doublée de retenue, Yes indeed! a le pouvoir d’accrocher durablement. A l’image de ces travaux sans fausseté, dénués de tout ego, qui caractérisent le style. Des accents rock bienvenus, en fond, s’intercalent (Tell me, de Jay Miller). Dans la diversité de tons (en ce sens Your cheatin’ heart, de Hank Williams, s’inscrit dans la mouvance posée), l’album trouve son sens. Retour à des sons légèrement plus bourrus avec You don’t have to go (Jimmy Reed), mais sur une cadence déliée. Idem avec Irene, signé Jay Miller et Bernard Jolivet.

J’attends en vain l’étincèle sauvage, celle qui mettra le feu aux poudres. Il n’en est rien, Yes indeed! s’en tient à des abords mesurés, conçus avec panache mais sans implosion. Dommage; j’aurais aimé, au vu de l’équipe en place, la voir dévier et s’enhardir. Back à la maison, de Benoit Billot, se monte toutefois plus alerte. Subtil et enflammé, il complète joliment l’ensemble. Il swingue, Patrol wagon blues (Jay Miller) le suit en baissant la garde. Du feutré, pas moins vrai que le reste. Lazy, de son timbre de voix typique, fait le reste. Patrol wagon blues (Jay Miller) fait briller et vriller l’orgue, on en est alors à la fin des débats ou presque. C’est I’m a man, de Willie Dixon, qui ferme la marche avec classe. Ca sent le bayou, ça filerait aisément le blues. Yes indeed! est un enfilade de titres distingués, l’union de musiciens dont l’alliance ne peut planter ou sonner raté. Le tout en toute décontraction, au gré de chansons qui, à aucun moment, ne voient tel ou tel de ses exécutants tirer la couverture à lui-même.

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