Nathan Roche “Drink up, Rainforest Sinatra” (Gone With the Weed, 4 avril 2021).

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Chanteur du Villejuif Underground et de CIA Debutante, Nathan Roche n’avait rien sorti, en son nom, depuis 2015. “Drink up, Rainforest Sinatra” marque donc son retour: il a été enregistré entre Marseille et Aubagne, Guillaume Rottier (Rendez-Vous, Quetzal Snakes) en a assuré l’enregistrement et le mixage. Il relate l’implantation du bonhomme, de façon durable, dans nos terres. Le faux glandeur s’est entouré, pour se faire, du gang suivant: Guillaume Rottier – Drums, Percussion, Keyboards, Guitar, voie, etc; Zak Olsen – Lead Guitar; Mathis – Bass; Prvti Soumar – Flute, Voice; Antonio Beltran – Keyboard, Piano; Kyle Knapp – Saxophone; Victor Huguenin – Violin; Marine Chaplais – Voice et Sarah-Louise Barbett – Voice, Glockenspiel. On parlera donc d’oeuvre collective bien plus que solo et à l’évidence, la formule a du bon. The return, pour ponctuer le come-back du gars Roche, souffle un rock où le féminin à sa place, entre lo-fi et minimalisme dense. Dans une certaine simplicité, qui lui fait contourner l’écueil du trop chargé, la clique ainsi réunie débute de belle manière. Ses moreaux sont détendus mais appuyés, cools mais lestes. Brocante à Belleville, avec ses timbres de voix qui se complètent, sa dynamique un brin noisy à la batterie assénée, confortera l’auditoire dans sa bonne impression de départ. On n’est pas là pour se la jouer mais pour jouer, de ce point de vue on s’en sort avec les honneurs.

Il y a même du Thurston Moore dans le chant, dans l’instrumentation qui se retient, quand arrive Gallery visit, dans l’ouvrage de Roche. Comme à la parade, s’alignent les morceaux de choix. Presque anodins à la première écoute, ils finissent par camper dans les esprits. Le saxo borde joliment certaines phases, on breake sur des tons célestes et l’élan flemmard reprend ensuite ses droits, à la manière d’un Pavement sur la plupart de ses compositions. Karaoke In My Favorite Band trace pourtant, en “tubinet” pop-rock qu’il est. La largesse du panel instrumental le fait briller, son nerf le crédite également. Deep Shit In Dieppe renvoie des airs vaguement country, produit les mêmes sensations que les autres morceaux. I Couldn’t Touch The Bottom est tout à la fois bourru et racé, mélodieux mais de manière tordue, bringuebalante et aboutie. Lui aussi pose le jeu, avant que le sax ne le réanime à l’unisson avec un fond assez remuant. Ici tout est bien foutu, on a posé quelques briques légèrement de travers mais le ciment truellé par le collectif les fait tenir. Bien mieux que dans les bicoques de certains groupes, assemblées à grand renfort de production et d’artifices sans vérité.


Photo Jake Ollett

Scenes Of The Weak illustre mes propos avec joliesse, dans une trame poppy-noisy magnifiée par les voix unies. Il oscille rythmiquement, se montre vif et léger. Tout ce bazar soigné tient debout sans claudiquer, America Again frappe juste de par ses accords et lorgne vers les Strokes. Drink up, Rainforest Sinatra est efficient, bien ficelé, sincère. Le chant uniforme, jusqu’à l’attachement définitif, de l’Australien d’origine fait son effet. L’éponyme Drink Up, Rainforest Sinatra l’amène en terres presque crooner, d’obédience psych-folk, qui complètent son disque avec à propos. Puis on se retrouve à La Ciotat, au gré d’un déroulé plus emporté, superbement décoré. Rien à redire, l’album a du chien et ses intervenants y assurent des partitions concluantes. On est, de plus, bien loin du linéaire. Nombre de morceaux ne rechignent pas à varier dans leurs sentiers, sans nous perdre en chemin. Adelaide To LA est court et punk dans l’énergie, il lance un rock agité et bruitiste comme on aime.

Enfin, Come Before You Did baisse la garde pour se parer d’une couleur gentiment bluesy. Musicalement, on brille sans en rajouter, soucieux de s’en tenir au minimal synonyme de maximal en termes de rendu. Nathan Roche, bien que très pris, a le don de mener tous ses projets à bien. C’est le cas avec son Drink up, Rainforest Sinatra, d’une attractivité semblable à celle de ses autres affaires en cours. S’il nous a faits attendre, ça valait le coup de faire preuve de patience et dans l’entre-deux, on aura tué le temps par l’audition des groupes précités, en attendant bien sûr le retour de tout ce beau monde sur les planches de scènes désertées depuis bien trop longtemps.

Bandcamp Gone With the Weed