Elvis Black Stars « Lamb of Dracula » (Elvis Black Stars, 31 mars 2021).

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Trio belgo-wallon, Elvis Black Stars honore depuis quelque années déjà la scène belge indé et sort, avec ce Lamb of Dracula rugueux et sanguin son nouvel album. Avec intensité, les dix titres du clan qui depuis 2012 s’applique gaillardement à tracer son sillon discographique tout en signant des scènes percutantes font dans une « pop’n’roll » puissante, sans omettre les mélodies. Qu’on ne s’y trompe pas, les synthés d’introduction de Lie of honnor ne font qu’amorcer un début rentre-dedans, où des guitares comme de la pierre accompagnent des vocaux mi-mélodiques, mi-assénés. Le carrosse du plat pays a de l’allure, il rutile sur des allées pop-rock sous tension. King Ringo, au démarrage fusionnant suivi de riffs dynamite, ondule, groove et mord en plantant les crocs bien profond. Il accélère; on en apprécie, à nouveau, les oppositions vocales complémentaires. Quelques élans lointainement 70’s discrets, des mélopées salopées -avec soin- s’invitent. Elvis Black Stars est cependant ancré dans l’actuel, qu’il gratifie d’une généreuse truelle de morceaux sans grumeaux. No confused, basse grasse en avant, se veut épais mais leste, subtil dans ses abords acérés. Au bout de ce trio d’ouverture, saignant mais mélodiquement probant, on pressent un disque consistant, sans baisers guimauve qui en feraient décroitre l’impact.

Avec Issues, bon gros pavé rock compact et urgent, on est de suite conforté. Entre bourrasque instrumentale et patine vocale alerte, Elvis Black Stars continue à performer. J’avoue ne rien connaitre de ses oeuvres d’antan, ce Lamb of Dracula est ma porte d’entrée dans leur univers et ça me va parfaitement bien. J’irai tout de même, incité par le produit présent, jeter une oreille à la totalité de leurs méfaits. Dans l’attente, Strange escape m’aura mené à la moitié de l’album en semant son baume, rock’n’roll, dans nos âmes qui crament. Cambouis rock et beauté pop, on se situe là dans un amalgame ajusté. Purified escalade un colline plus sage, mais offre un arrière-plan grinçant. Il monte lentement en intensité, sans exploser. Transition de choix, suivie d’un Fastened à la pop-rock vive. On pense à Ghinzu, compatriotes largement estimables, pour les tons adoptés. Souvenez vous, Cold love (2009). La Belgique compte désormais, dans ses rangs, Elvis Black Stars. Et ça lui est bien entendu bénéfique, tant le registre « croquant » des musiciens impliqués fait ici ses preuves.

Pour enfoncer le clou, Wrongdoer fait reluire ses airs, étend l’exploration de recoins pop énervés, mélodieux mais sans révérence. C’est OK, on adopte. On aimera, sans retenue, les passages où la batterie met des pains. Come to me, après une pluie de riffs, s’habille de synthés éloquents. On l’attendait direct, il est finalement nuancé…et, sans étonnement, puissant. L’équilibre est une fois de plus bien jugulé. Les six-cordes s’embarquent dans des interventions crissantes. Emballez c’est pesé, Elvis Black Stars a fait tout ce qu’il fallait pour ne pas être contesté. Lamb of Dracula ne souffre aucun temps mort, ne plie à aucun moment. Il est bon de noter que son terme, soit un Don’t love ur soul appuyé, sent le rock franc. On aurait pu « craindre » un balade, un final posé. No no no, en lieu et place nous avons un effort pénétrant. Qui, sur ses derniers instants, se fait plus lourd (en termes de rythmes) et s’achève dans le bruitisme.

Mention bien donc, voire très bien si l’on tient compte de l’absence de « ratures », à Elvis Black Stars, découverte à garder dans les calepins, qu’on pourra ranger non loin des Deus, Ghinzu et autres It It Anita sur l’étagère à boucan. Avec, fait notoire « bonus », un album enregistré sur son propre label, dans une autonomie qu’on ne peut que saluer.

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