Special Friend “Ennemi Commun” (26 mars 2021, Howlin’ Banana/Hidden Bay Records/Modulor)

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Oyez oyez!, braves gens! Special Friend nous convie à son activité favorite -l’enfilade de perles pop aux contours 90’s-, tout absent sera sévèrement blâmé! Il aura de plus l’incommensurable douleur de rater onze magnifiques morceaux troussés par le duo Erica Ashleson (Batterie/Voix)/Guillaume Siracusa (Guitare/Voix). Ennemi Commun donc, premier album donnant suite à un remarquable ep éponyme remontant à septembre 2019. Un disque qui très vite deviendra notre Ami Commun, impulsé par Motel et ses guitares étincelantes, ses chants touchants et son poppisme doublé d’élans noisy. 90’s, vous disais-je, avec ce brin de rêverie qui amène une plus indéniable. Et des voix unies, pour un rendu à l’issue duquel personne ne réclamera son du. C’est parti, la voie est ouverte à une série de chansons dont la paire a le secret, planqué dans un coin de ces deux cerveaux fertiles. Lesquels brodent ensuite un titre éponyme aux airs de My Bloody Valentine dans sa voix féminine éthérée, d’emblée fatal. Tremble Kevin (Shields), tremble! Special Friend, on le sent, pourrait facilement te faire trébucher. Il nous ramène en tout cas, pour le coup et qualitativement, à ce Isn’t anything de 1988, indispensable.

Le coeur en joie, on poursuit l’ascension vers les sommets sonores avec Destructionist. Guillaume y va de son organe doucereux, Erica le rejoint dans des replis certes avenants, mais à l’arrière-plan trouble. La touche Special Friend est plus que jamais audible, combinée à d’autres atouts elle fait muer l’opus en un standard trouvable chez les illustres Howlin’ Banana et Hidden Bay Records, Modulor étant également de la partie. Une montée psyché acidulée se fait entendre, puis le titre prend fin. Manatee, dans une étoffe presque post-rock, embellie comme de coutume ici par la dualité vocale harmonieuse, tire une quatrième flèche qui ne ratera pas la cible. Special Friend visite, de plus, un panel large. Son arc-en-ciel musical, beau donc, et tourmenté dans le même temps, surgit et s’imposera dans nos quotidiens contrariés. Il enluminera nos jours, y projettera sensibilité (Movement of the planets) et coups de foudre enchanteurs. Love at first sound, voilà une expression qui pourrait qualifier Ennemi Commun de manière assez fidèle. Un Ennemi sacrément bienfaisant, porteur d’un Hazard enlevé. Un hymne indie-pop de plus, aux fulgurances noisy imparables.

On tend l’assiette; le plat est bon, on en r’veut! Alors Forest, batterie matraquante en avant, nous sert une pleine platée de noisy-pop d’il y a 30 ans, bruitiste et addictive jusqu’au bout des guitares. J’avais hâte, cette rondelle, d’en vanter les mérites. Je savais que j’aurais à dire, sans avoir à redire. Flaring jean, dans une sombre sérénité lentement déclinée -et loin d’être déclinante-, satisfait amplement, et à son tour, une assemblée de plus en plus fournie, attirée par le divin son de Special Friend. Beaucoup, à l’écoute de l’alerte Meant to gather, se trémoussent. Splendeur pop, allant rythmique, pointes nerveuses s’acoquinent. On ne dira plus qu’on est bien, on est au delà de ça. Pastel, au gré d’une tranquillité communicative -celle, visiblement, de ceux qui savent où ils vont-, accroit notre sentiment de bien-être. Des claviers discrets, mais superbes, en assurent le bordurage. On est conquis. Le morceau se met à speeder, magique.

Pour finir, HCM nous balade sur deux minutes de douceur légèrement obscure, sans rythme. Voix et motifs retenus suffisent à assurer une issue prenante, aux airs de couronne sur la trogne de ces deux complices décidément fiables et oh combien talentueux. Ennemi Commun est un remède, un antidote à la médiocrité, un bijou qu’on va s’arracher comme le font les Français avec les rouleaux servant à essuyer leur insuffisance. La première écoute en appelle bien d’autres, chacun des titres servis est attirant au possible. Bluffant comme un Tapeworms “from Lille”, Special Friend “from Paris” signe donc un Ennemi Commun majeur qu’on affronte avec joie, des étoiles dans les oreilles et le smile bien 90’s aux lèvres, les yeux pétillants de bonheur auditif.

Bandcamp Special Friend / Site Howlin’ Banana / Bandcamp Hidden Bay Records / Site Modulor