Mustang “Memento Mori” (Prestige Mondial/A+LSO, 19 mars 2021).

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Mustang, c’est classe et inclassable, ça vient d’Clermont et partant de là, on tendrait à dire que de toute façon c’est bon. Mustang ne fait pas de choix, il pose un vocable aussi rock que chanson ou encore électro, libre, qui n’hésite pas à errer vers d’autres tendances. En conservant, ancrée dans les notes, ancrée dans les mots, son identité et ses textes qui, vraiment, amènent à cogiter, soulèvent des choses, graves ou plus légères, qui interpellent. Avec Memento Mori, quatrième album annoncé comme nourri d’une énergie revancharde, on court le risque de succomber, si ce n’est déjà fait, à une enfilade de morceaux qui, s’ils ne nous parlent pas plus que ça au premier abord, finissent par s’insinuer dangereusement dans les esprits au fur et à mesure qu’on en décode les tons et accords. L’énergie n’est qu’éparse mais, combinée à des temps posés et évocateurs (Maison Sur La Colline), elle permet un rendu que très vite, on peine à fuir. Ici des synthés aguicheurs, ailleurs des guitares au nerf à fleur de corde, plus loin des vocaux de velours. Dans ce recoin, des mélodies polies mais attachantes. Ici une ivresse rock entrainante (Le Vin), mélodieuse mais appuyée. Là-bas, un groove presque 80’s et des élans funky qui nous feront suer (l’inaugural Loyal Et Honnête, qui plus est très lucide, aux guitares jouissives). Mustang fait la diff’, se penche sur une palanquée de sujets valables (pêle-mêle: l’autocritique, le népotisme français [il y a donc à dire], Pôle-Emploi, le complotisme “Webisant”, le pinard et ses modes de consommation, révélateurs: la panel est large, parfois barge, bourré d’acuité, nourri par un verbe notable).

Fils de machin, électro et rock, rock et électro, remuant/piquant, confirme énergiquement: Mustang garde le cap. Perdu Mon Temps trace, voit ses guitares riffer dru et son rythme filer. Felzine s’y interroge: sur sa carrière, sur son désir d’aller à contre-courant. Si ça résulte sur de tels titres, qu’il continue. Avec la caillasse de Pole-Emploi, de surcroit, il mène une vie de roi. A peu près. Passons, le virement est passé et c’est bien là l’essentiel: la chanson lui rend “hommage”. Joliment, méchamment et classieusement. Dissident, dans les courbes d’une sorte de funk-rock cadencé, anti-complote. “Chuis dissident”, on se surprendra tous à chantonner la sentence. Memento Mori brille, Pas De Paris affiche les travers de Paris, la déception liée à l’arrivée de Mustang, alors encore “vert”, si je puis dire, dans la capitale. Une capitale pas si capitale, mise ici à mal par un morceau une fois de plus abouti, rock.


Photo Marie Planeille

On peut passer, à l’issue, à des tonalités posées (Maison Sur La Colline): Hank Williams y reçoit des lauriers mérités. L’auditeur aussi, gratifié d’un legs musical convaincant. On redescend (de la colline), c’est alors un cuvée supérieure qui nous attend, aux riffs blues-rock bien sentis. Le vin. Celui-là, on le boira sans soif. Il percute, dans une écorce rock’n’roll qu’à mon sens, Mustang devrait décliner plus souvent. J’ai à peine le temps de m’y attarder, d’en jouir en me léchant les babines: Pas Cher De La Nuit, sombre dans sa thématique -l’insomnie-, porteur de guitares flamboyantes et d’une envolée enragée, entrevoit un matin difficile. Et valide, sans coup férir, un Memento Mori à couronner.

C’est le titre éponyme, distingué, fait de résignation presque légère et d’une superbe musicale que Mustang a rarement écornée, qui finit le boulot (que Pôle-Emploi, bien entendu, a grandement contribué à dénicher). C’est fini, croit-on. On est bien. Et mieux encore quand Artificier, fort d’une dynamique rock qui pulse, allume le dernier feu. D’artifice, mais sans artifice. Les Auvergnats, gagnants, se dotant d’une nouvelle pièce de tout premier ordre, probante dans l’ordre comme dans le désordre. Le tout de manière loyale et honnête, sans jamais péter plus haut que son cul, en profitant pleinement d’ne gueule de bois sacrément flamboyante.

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