fatherfigures “Any time now​.​.​.​And high time too/Lockdown Remixes” (Autoproduit, 21 février 2021).

0
642

fatherfigures vient de Leeds, s’est formé fin 2018 et nous livre un album, Any time now​.​.​.​And high time too, d’obédience post-punk bien cold. Jock – guitar, keyboards, Chris – drums, percussion, Paul – bass et Doug – vocals y créent des titres valeureux, qu’ils ont le bon gout d’accompagner de remixes tout aussi bons, intitulés Lockdown remixes. L’objet est donc double, doublement réjouissant. Marilyn balance d’emblée sa froideur, ses vocaux viciés, pour un rendu aux nappes synthétiques valables. Post-punk, un brin death-rock ou batcave, le début séduit. Jesus!, de riffs à la Killing Joke des débuts en scories funky façon Gang of Four, aux reflets dub, fait mouche lui aussi. Think about it trace et lorgne lui aussi vers l’ère des late 70’s, avec de l’aplomb. L’opus est bien lancé, Bosch lui confère un air reggae déviant. Les Anglais malaxent les genres, multiplient les ambiances prenantes et noircies. Hissing, lancinant, en élargit le spectre. Il ressemble, de manière audible, à Joy Division sur ses temps les plus “retombés”. Il y a du cachet dans ce que fait ce clan et ses influences ne sont qu’éparses. Elles n’envahissent pas le rendu, qui reste globalement crédible et suffisamment individuel.

Avec A mere transaction, le chant se fait Eldritch, en un peu moins grave toutefois. On trouve, sur le disque, des tons goths qui s’enflamment, du post-punk appuyé comme mélodique (Landing). L’éventail est large, la cohérence perdure. Distressed behaviour record lâche une rage punk dans le chant: tiens, ça ressemble à The Fall en plus saccadé. Les morceaux, ici, font régulièrement penser à des formations reconnues. C’est bon signe, Brush et ses tambours en roulements, ses riffs crus, valide les capacités du groupe. Deadly serious fait dans le punk-funk, dirai-je. Il se tient foutrement bien, à l’instar du reste. Il a pour digne suite Polythene embrace, aux petits bruits jouissifs. Une chanson insidieuse, dub et je ne sais quoi d’autre. Hybride et savamment pensée. Une fois de plus, les encarts des synthés sont bienvenus. Ils se greffent sans effort à l’organique, à des vocaux qui suivent un registre tenu.

Barbara, histoire de féminiser le tout, du moins dans son intitulé, me fait penser…à Killing Joke, encore. Celui qui, à sa rage post-punk, colle un dub enfumé. Et ça marche, aussi, avec fatherfigures. Stockings on groove de manière spatiale et enlevée à la fois, se fait brumeux, funk dans ses guitares, très racé. C’est à Apotheosis (of an eyesore), complètement débridé, que revint l’honneur de terminer la partie album. Il le fait avec allant, breake très brièvement, renvoie une belle énergie. On en a déjà pour notre argent, il est alors temps de se frotter au volet des relectures.

On ne sera pas déçu, Landing et sa touche new-wave balafré au synthé fait de suite ses preuves (Landing OCD mix). Barbara KW mix mixe trip-hop et dub, s’acidule. Jusqu’au final de Stockings on SL mix, terminaison vive et plutôt new-wave, on n’a, à nouveau, que de l’abouti à se coltiner. Entre deux Marilyn ID mix, par exemple, aura tranché dans le vif d’une électro-indus bruyante et réfrigérée par ses basses. On parcourt là un champ sans restriction, une sortie généreuse et, pour un groupe si jeune en termes d’existence, de belle facture. Le tout sur vingt-trois morceaux au final, messieurs-dames. Ce qui oblige déjà fatherfigures, lorsqu’il s’attellera à la suite, à faire au moins aussi bien que cette première fournée délectable.

Bandcamp fatherfigures / Page fatherfigures