Bertrand Betsch “Demande à la poussière” (Microcultures, 19 mars 2021).

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Depuis ses débuts chez Lithium en 1997, avec La soupe à la grimace, Bertrand Betsch n’a eu de cesse d’installer un univers où défaitisme signifie espoir, ou tristesse rime avec joliesse. Un globe de contrastes, résilient tout en plongeant dans le puits, dans la nuit, jusqu’à y (re)trouver le jour. Avec la sortie, en cette mi-mars, de deux albums dits posthumes, de son pourtant vivant, l’artiste se permet, notamment sur ce Demande à la poussière qui précédera d’une semaine Orange Bleue Amère, de dévier. D’oser, comme pour illustrer des états d’âme contraires et complémentaires, le chaos, la note qui dénote, l’élan plus bruyant. Comme la vie, en somme, qui ne peut se réduire à une longue trainée de sérénité de buveur de thé. Ca nous donne, à l’arrivée, huit titres aux genres variés, de la chanson au spoken word à l’électro-rock en passant par le trip-hop. On débute, sur A la nuit, par un thème obscur, nuptial et songeur. Lequel se pare de tons orchestraux, d’ombre et de lumière, pour un rendu prenant mais encore bridé. Ainsi soit-il, qui suit, livrant des accords de guitare bruitistes bienvenus. En plus, qui s’en étonnera, de mots significatifs. Betsch met de l’acidulé, des pointes tout en nerf, dans le premier volet de son double come-back.

C’est en cela, justement, que celui-ci m’a retenu, me tirant (par) l’oreille. Moi qui, à l’habitude, fuit à toutes jambes le tranquille de la chanson, j’entends par là le genre, quand il reste posé, ici je suis preneur. Sur Demande à la poussière, Betsch sort de l’ordre établi, s’habille de nippes magnifiques. Comme l’est l’éponyme, et mélodiquement entrainant, Demande à la poussière. Tant qu’à mordre la poussière, autant le faire avec classe, selon une distinction musicale qui ne rechigne pas à salir son sol. Avec De la neige au fond des yeux, exercice trip-hop chanson à l’agitation qui, en fond, point sans réellement se libérer…à ceci près que son soufre, tout de même, imprègne la chanson. Joliment, à l’unisson avec des gimmicks sonores bien trouvés.

Il y a, après ça, se cuivre et ondule façon…Diabologum. Celui qui, justement parlait de neige, mais en été. Chez Lithium, tiens. Cette chanson, celle de Betsch, est aussi une histoire de contraires. Qui s’attirent. Pour mieux se repousser, peut-être, au bout du compte. Je ne veux plus danser, lui, s’approche d’un Suicide (le duo…), prend la tangente, roule sur la jante, ou sur la gent. Ses guitares, son rythme, partent en vrille alors l’isuse brille. Bertrand, qui a ici tout fait, est dans cette posture en phase avec l’excellent. La chanson des pourquoi, aérienne, trop feutrée pour moi, parle de questions. Qu’on se pose, pour en poser d’autres. Auxquelles on ne répond pas; on quête…de soi. Sa fin, obsédante, me réconcilie avec le ton trop posé de l’essai.

Enfin La fuite des capitales, dans une électro-cold groovy, quitte clairement la route. J’adore. Le morceau dérape, se fait bourru, tapageur. Chaotique. Comme les capitales? “Ce n’est pas mon…endroit”. “J’me d’demande bien, c’que j’fous là”. “Je cherche un endroit où être moi”. Betsch déblatère, intensément, perd la boule, fuit la foule et rêve. De savoir ce qu’il fout là. Une partie de la réponse tient en ce disque, de très haut vol quand il décide, sans barrières, de refuser le tout-tracé. Betsch fait des disques, il est là pour ça puisqu’en eux, il trouve force et expire le terne, le blafard. Mais les fait aussi reluire, au son de chansons à la matière textuelle et sonore de qualité.

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