Crocodile Candy “Enjoying The Moment” (Autoproduit, 16 avril 2021).

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Crocodile Candy, c’est tout d’abord Manu Castillo (Wunderbach, La souris déglinguée, Tio Manuel …), bourlingueur expérimenté, et Margot Cassila (Hot Pants, Invaders of the heart, KMF, DelMar, French Details …), chanteuse “rock’n’soul” passée par Memphis, Tennessee et Londres. Sur la base d’échanges online lors du premier confinement, ces deux-là ont pu enregistrer dix titres en trois mois. Au second confinement, Bernard Natier enregistre le tout au studio Garage 2.0, à Paris. Gangxtha da Magnificent, bassiste au groove funky punk, et Christophe Gaillot, batteur à la frappe puissamment souple, se greffent à la clique et le tour est joué: on obtient, de cette façon, un opus qui boularde, se drape de féminité, parle rock mais verbalise aussi, à l’occasion, soul et blues. Dès MUSIC IS THE LIFE, intensité rock, guitares volubiles et caresse mutine du chant s’acoquinent. L’éponyme ENJOYING THE MOMENT prend la suite, écouté fort il donne sa pleine mesure. “Enjoying the moment, enjoying our life”, chante Margot. Grâce à elle, à ses hommes de main qui turbinent juste, c’est bon: on y parvient! “L’expérience est une lanterne…”; c’est du blah-blah, diront certains. Mais ici, le vécu permet un rendu solide. Le Croco montre les crocs, sait aussi faire preuve de souplesse (BUYING JUNK ON LINE).

L’unité est donc porteuse, HALF FULL souffle ensuite une pop-rock griffue. Au chant, bien évidemment, on confère tout à la fois velours et impact. Enjoying the moment forme un ensemble assuré, sans temps morts ni foirage. Le père Castillo sait y faire, il joue juste et bien. Crocodile Candy est une équipe, pas un ramassis de stars se voyant en haut de l’affiche avant même d’avoir construit quoi que ce soit. Les saccades funky de SPECIAL DESIRE font gigoter les corps, on n’a pas vocation à inventer ni à innover mais on tient fermement la bride d’un rock de choix. Un rock qui cogne et berce mais sans mièvrerie, et affiche d’ailleurs un réel penchant pour le juteux. Pourtant BLACK OUT, retenu, semble calmer le jeu. Mais il reste, à l’arrière, sulfureux. Toutes les options sont maîtrisées, THE BANG ZIP ZING offre une cavalcade rock impétueuse. Les mecs en assurent les choeurs, selon une trame franche et sans détours. Le riff est rude, la cadence galopante. Dans la foulée, SAVE MY SOUL (SOUL SAVER) se fait encore plus fonceur, urgent et remonté. Du rock, rien à ajouter. Du vrai, sans édulcorants.

Le quatuor, de plus, tient la barre jusqu’au terme de son disque. ASKING FOR MORE baisse à peine la garde, peut-être un peu plus “pop” que les deux coups de bélier qui le précèdent. Mais de valeur égale. Les tambours de Christophe relancent le bazar, qui vire quand même bien rock ou plutôt, rauque. Rien à redire, on peut passer à la suite sans rosir. UNHAPPY END laisse entrevoir une fin…plutôt heureuse et vigoureuse, passée au chardon d’un registre tendu mais aussi mélodique. La fine équipe a du prendre plaisir, j’en suis persuadé, à enregistrer ces onze titres convaincants. Passé une belle incartade guitaristique, le terme arrive avec CROCODILE CANDY, dernière chanson entre ombre rock et patine vocale récurrente. On n’en fait jamais trop, juste ce qu’il faut pour sonner juste et livrer une pleine remorque de compositions abouties. Dont cette ultime salve, bien nourrie, n’est pas des moindres et clôt un digipack de qualité constante.

Bandamp Crocodile Candy