Peu avant la sortie de son Tombola à l’univers personnel, éthylique et captivant, Rest in Gale répond à Will Dum…

• Comment est né le groupe ? J’ai cru comprendre qu’à la base, il y a eu une escapade anglaise décisive…

Julien Howler : Nos groupes respectifs s’étant cassé la gueule, j’ai proposé à Will Rains de s’associer.Il m’a appris la guitare. A l’origine, on devait faire juste un album blues.On ne savait faire que Tombstone Blues de Bob Dylan, on l’a tellement poncé qu’on a fini par l’accélérer et la massacrer. C’est là qu’on a commencé à écrire nos compos. Munis de notre petit baluchon, avec trois sous en poche, nous partîmes tester nos chansons dans la perfide Albion. Un des premiers jours, un mec nous voit avec nos guitares sur le dos et nous propose de jouer à l’Entreprise dans Camden Dock. Le soir d’après, il nous rappelle.

On se dit : « Ah ouais d’accord donc ici tu te balades simplement avec la dégaine d’un rockeur/clodo et tu te retrouves à faire la première partie de Hidden Charms à l’autre bout de Londres au Crown and the Treaty! Ok, on s’installe à Arsenal ! ». Sauf que bizarrement, le téléphone n’a plus beaucoup sonné après ça. En attendant le succès, on composait dans les parcs un tas de trucs qu’on jouait le soir dans des open mics tout pétés. Et quand on avait faim, on jouait dans la rue. On avait trouvé un plan pour gagner 10 pounds la demi-heure. Un mec nous foutait sur une barque remplie de touristes, il faisait le tour de Regent‘s Canal et nous on jouait pour divertir.

Un jour j’ai pris en photo William en train de remonter son froc sur cette barque, je me suis rendu compte en la regardant qu’il avait perdu pleins de kilos et on avait accessoirement chopé la gale. Ça faisait un mois et demi qu’on ne nous avait pas reproposé de jouer, il était temps de rentrer. On ne s’était engueulé qu’une seule fois durant ce séjour, on s’est dit que c’était un bon ratio pour monter un groupe.

• A l’écoute de Tombola, votre album dont la sortie est repoussée à la fin janvier 2021, j’entends un délire maîtrisé, euphorique, mélancolique, un tantinet éthylique. Des airs de cabaret enfumé, ou de fête foraine déviante, en émanent. Comment en êtes-vous venus à un tel rendu ?

Elles ont toutes été composées en état d’ébriété avancé, voilà pour le côté tangent. Pour les airs de cabaret, ça pourrait venir du fait que j’ai quelques fois traîné mes pattes chez Michou et j’allais voir les spectacles de Madame Arthur. Je suis attiré par l’atmosphère qui se dégage des coulisses.

J’essaie par le rythme et l’histoire de retranscrire ce qui se passe dans ma tête : une scène folle qui se passerait à l’arrière d’un spectacle de queer, la tête embrumée de protoxyde d’azote et écoutant Eugène Saccomano commenter France-Brésil.

• Pouvez-vous, avant qu’on aborde à nouveau Tombola, me dire un mot sur les eps qui l’ont précédé et leur thématique particulière ?

Les thématiques sont les redescentes, le syndrome du mec bloqué dans sa chambre, la violence que peuvent subir les personnes transgenres, les évènements liés au terrorisme en France et le football féminin. Entre autres.

On tournait souvent autour du thème de l’addiction et des psychotropes. On a voulu évacuer ce thème très rapidement et se débarrasser des clichés pour nous libérer de nos influences 60’s persistantes. D’où le nom de nos deux premiers EPs.

• Sur ce Tombola assez enivrant (on y revient, à cette idée de douce ivresse…), qu’abordez-vous textuellement ? Vous considérez-vous comme porteurs d’un message bien déterminé ?

Will Rains : A part la gale on n’apporte rien ! Les gens qui nous écoutent ne se soucient absolument pas de ce qu’on raconte. Ma mère ne me disait pas plus tard qu’hier : « Oui, c’est pas mal, mais je ne comprends vraiment rien à ce que vous faites. »

Le message serait : sérénité, profit, développement personnel, comment gérer sa comptabilité, rester positif et avoir l’esprit start-up. Nous sommes, au sein de cette nouvelle communauté bienveillante, des sortes de Great Teachers qui n’auront de cesse de répéter un message simple : vivre, c’est profiter… des autres.

Sinon y’a des chansons d’amour. Comme « Amari ».

Julien Howler : Bon, il y a du message, mais c’est mal dit. On voudrait parler de choses qui nous tiennent à cœur mais on a un gros problème de communication sans doute lié à nos émotions. Du coup on se retrouve souvent paumé du mauvais côté de la barrière. Ça ne t’en dit pas plus mais si tu veux pour toutes les chansons de l’album, je mettrais les paroles sur YouTube.

• Votre titre Bateau ivre, joliment clippé, me semble résumer à merveille, de par son contenu et son intitulé, votre musique. On pense de suite à Rimbaud, bien entendu. Quelle place a l’art, et notamment la poésie, dans votre sphère musicale ?

Merci !

Julien Howler : On se met dans la peau d’un mec bourré qui alpague les gens à 4h du mat’ pour leur raconter sa vie, le type est perdu. Sa vie est foutue et son cerveau est rongé. Il devient peu à peu aigri, fou. Il est au cœur même d’une ville qu’il ne comprend plus, croyant fort qu’il a raison. C’est un laissé-pour-compte. On en vient à se dire, comment en vouloir à quelqu’un qui profère de telles atrocités et qui, maladroitement, avec ses propres problèmes de communication, envoie des signaux fort de détresse.

La poésie est au centre, elle dresse très souvent des portraits comme ici. Les personnages que l’on crée sont, ou ont été une partie de nous, une partie sombre de nous. L’émotion sur scène est plus juste que les mots de nos textes. Ne cherche pas de sens caché dans nos écrits, y’en a trop.

• Tombola étant votre tout premier album, a-t-il à vos yeux une importance particulière ? Il revêt un genre original, pensez-vous que celui-ci soit d’ores et déjà définitif vu sa teneur et sa spécificité ?

Will Rains : Oui c’est important, parce que c’est le premier album. Et on a quand même assez souffert pour le terminer. Igor Moreno à l’étape du mix, on a trouvé une cohérence. En condensant le mixage et les dernières prises sur une période très courte, ça nous a donné le son de Tombola.

Julien Howler : Le deuxième album sera euro-dance punk.

• Être un groupe, pour vous, c’est quoi ? Que faut-il comme prérequis, selon vous, pour durer et rester cohérents ?

Haha !

Will Rains : Joli cocktail de beaucoup de patience et d’aucune patience.

Julien Howler : Aucun second degré.

Will Rains : Et énormément de mépris pour ses employés (musiciens).

Julien Howler : C’est comme ça qu’un groupe reste positif et performant. Je citerai le patron dans « Les trois frères » : un groupe c’est comme une montgolfière, si tu veux que ça monte, il faut lâcher du lest !

• Avec Tombola, pensez-vous avoir « tiré le bon numéro », dans le sens d’avoir « réussi votre envol » ?

Ahaha, on l’attendait celle-là, j’ai envie de te dire qu’on verra.

• Vous êtes chez Jarane, label stéphanois que j’apprécie pour la qualité de ses sorties. Comment en êtes-vous arrivés à signer chez eux et comment se fait le choix, d’après vous, d’une structure plutôt qu’une autre ?

Camille est une pote et elle était dans le coin ! Haha non, c’est vraiment bien qu’on ait pu signer chez elle et ça nous a motivés à monter notre label : KLISS Records. Les sorties chez elle sont bien cool, et vu qu’on est loin d’écouter le genre de musique qu’on fait nous, chez elle on se sent bien (même si on doit être le groupe le plus pop du label !).

• Dans l’attente de la sortie de l’album, à quoi se consacre le groupe ?

On se consacre à l’écriture et à la réalisation d’un documentaire pour mettre en lumière le destin tragique de Rest In Gale.
On fait le clip de « Page Blanche » avec KLISS records
On essaie de trouver une solution pour faire une release party.
On cherche des dates en dehors de Paris. On voudrait jouer au Fifigrot festival à Toulouse
On répète.
On répond aux interviews, à l’interview.

Bandcamp Rest in Gale