Pierre Richard “Nuit à Jour” (Modulor, 27 novembre 2020).

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Pierre Richard interprétant Nuit à Jour, extrait du livre d’Ingrid AstierPetit Éloge de la Nuit“, sur la musique de JB Hanak. A l’annonce de la sortie d’un album illustrant la dite démarche, je me suis dit qu’au vu du trio ainsi réuni, le contenu valait au moins une écoute curieuse. Bien m’en a pris, le résultat est magique. Je ne reviendrai pas sur la genèse du projet, l’essentiel tenant en la magie, en l’expression dégagée par l’acteur, dans un cadre nouveau pour lui et qu’il investit superbement. Le tout sur des écrins instrumentaux dont Hanak a le secret, lui qui, avec dDamage et en compagnie de son frère Frédéric, s’est déjà largement frotté à la singularité. Il poursuit donc ici avec maestria, ses trames tissent des ambiances…nuptiales évidemment, et donnent tout leur sens non seulement à l’ouvrage d’Astier, mais aussi à la diction racée de Pierre Richard. Evidence, comme…une évidence, lève le voile sur un univers feutré, légèrement expérimental, d’une sérénité troublée. L’histoire narrée, déjà, captive. Il en sera de même quinze titres durant, à l’occasion desquels, comme lu de la part de François Busnel, le « magnifique hommage aux puissances de la nuit » signé Ingrid Astier trouve la voix idéale.

L’appel de la nuit, ainsi et dans une douce déviance, miaule et confirme. Son ton est sombre, la succession des sons “à la Hanak” donne un p+++++ de cachet à l’essai. Connu pour ses rôles comiques, Richard s’attaque là à un registre moins rieur. Ca lui sied: en plus d’imposer son relief à la poésie typée qu’il déclame, il suscite de l’émoi. A l’instar du trio Cloup/Rufié/Bouaziz avec “A la ligne” de Joseph Pontus, les deux comparses adaptent merveilleusement. Evasion volontaire, tant par son nom que par son fond, est éloquent. Les mots, ainsi récités, réveillent la pensée. Réactivée, celle-ci est pourtant passée à l’éther de concoctions sonores brumeuses et étoilées, magnifiques. Entre ombre et lumière, on voyage au gré des motifs et textures.

Nyctalope, ondulant, voit Richard faire des écarts. Là aussi, il est à son aise. Son album est Nyctalope, dans la nuit il voit…des formes, des émotions, des tranches de vie. Mise en veille en prolonge la magie, au fur et à mesure de l’écoute le verbe d’Astier affirme son emprise. “La nuit est un ton, celui de la confidence”. Il s’agit bien de ça, ce sont ici des confidences que nous livre le grand blond…avec une voix prenante, à la portée surprenante. Des fragments d’intime, des bouts de nuit qui se font jour. L’armée des ombres, ode aux enfants livrés aux monstres la nuit, émeut. Comment survivre à la nuit? questionne notre homme. En écoutant Nuit à jour, perle d’une teneur inédite. dDamage, splendide, honore JB et son frère. Ils le méritent bien, l’ornement se fait ici plus acidulé, plus trituré. Fred n’est plus, mais l’hommage est resplendissant. Ses sons s’assombrissent, par ce biais ils dotent nuit à jour d’un surplus “d’attrayance”. Zoom, obscur, décline la nuit et ses natures. Les voix s’y mêlent. Superbe. On dézoome, pour s’installer dans une salle obscure.

Cinéma, donc, clôture. Pouvoir, immense, d’un film. Ses reflets bleutés, ses sons et saccades noisy, le font reluire et s’insoumettre. C’est pas du cinéma, la paire Richard/Hanak le clame à tue-tête, ce mot magique. Mais les faits sont là: Nuit à jour est envoûtant, il célèbre certes la nuit mais embellit nos jours, fort de mots évocateurs et d’ambiances dans lesquelles on se drape volontiers.

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