Daniel Paboeuf « Ashes? » (5 février 2021.Il Monstro prod/L’ Autre Distribution)

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Figure emblématique de la Génération rennaise et collaborateur de Marquis de Sade, Niagara, Françoise Hardy, Dominique A ou encore Afrika Bambaataa et Roland S. Howard, le saxophoniste Daniel Paboeuf a derrière lui, à l’instar des Young Gods, Longue route. Il publiera prochainement ce Ashes?, premier effort solo réalisé avec Thomas Poli, musicien et réalisateur rennais (Miossec, Laetitia Sheriff, Dominique A…). Partiellement inspiré, sur son dernier album en tant que Daniel Paboeuf Unity, par son enfance, ici il lorgne vers Ad Astra, le groupe de son adolescence. Vers les étoiles donc, Ashes? s’apparentant à une fuite, magistralement mise en son, à l’écart de ce monde de vice et de tromperie. Daniel Paboeuf donc (saxes, voice, programming, keyboard with two fingers, réalisation), Thomas Poli (moog, modulaire verbos,synthesizers, réalisation) et Nicolas Courret (hi-hat & cymbals) avec, pour faire bonne mesure, Peter Deimel au mastering, s’unissent pour se carapater, au son d’un album splendide. Ca tombe bien, L’hélico est prêt et nous fait décoller, plein comme un oeuf car nombreux nous sommes à être excédés (ou observés?). Le sax est grave, le propos amer. De son premier morceau contestataire, Paboeuf fait une entée en matière de haut vol (humour, au beau milieu d’un morceau qui n’a pas été conçu pour se marrer, loin s’en faut). We want the truth, we want…respect!, clame le refrain. Sur un ton rock bridé, auquel le velours de l’instrument donne de la patine, c’est sur le drone qu’on tire.

« C’est pas l’hélicoptère, qui va nous faire taire ». Une fois de plus, le verbe s’en tire plus que bien. Le contenu itou. A ceux qui en douteraient encore, je conseille chaudement l’écoute de ce premier single, déjà disponible. Pour ma part je passe, déjà emballé, à I’m a wreck. J’y entends Bowie, l’instrument de Daniel m’évoque, de son côté, les Psychedelic Furs. A l’envi, notre homme répète un mal-être accentué par son époque. Seconde réussite, flamboyante, de sa (dream) team, capable de croiser le fer avec les plus reconnus. Et de faire, comme sur Who will remember?, dans un rock vénéneux autant que langoureux, étirant par la même occasion le spectre de ses ambiances. Amertume, fatalisme même, ou presque, soulignent le ressenti d’un être que Dominique A lui-même tient en -très- haute estime, allant jusqu’à prétendre que le son de Daniel Paboeuf est pour lui aussi emblématique de Rennes que les voix de Philippe Pascal ou d’ Etienne Daho. Bel hommage, que le contenu de Ashes? justifie de bout en bout. Debout il tient, d’ailleurs, malgré ses airs las. It’s too late, où le saxophone fait à nouveau merveille, se résigne sur un ton, vocalement, proche de l’enjoué. Comme si dans dans le recul que lui permet son opus, Paboeuf (re)trouvait une forme de sérénité.

TEASER ASHES

C’est ce que semble illustrer Lonely woman, bel interlude instrumental où le sax couine et joue une superbe trame, ombrageuse dans sa lumière. Alors que la pochette de ce disque abouti, à laquelle je jette un oeil attentif au fur et à mesure du trip instauré, renvoie à l’idée de tourmente. La nature y est grise, venteuse, tempétueuse. Les troncs y plient et pourtant, on y entrevoit une ligne bleu azur, à peine visible mais bien réelle. Arcturus, dont les motifs obsèdent, s’intensifie progressivement. Impossible, inconcevable, de décrocher de l’ensemble. War, batailleur, consolide l’impact d’un album inégalable. « War, violence, murders, kill, kill, kill ». Rien que ces mots, alliés à ce sax une fois de plus si éloquent, beau et éraillé, donnent une idée du tableau dépeint. Intense, élégant, Ashes? force l’admiration. M 87 et sa voix éthérée, son lancinant chemin, la renforce. On sait faire, on sait aussi défaire pour au bout du compte définir ses propres lignes.

Arrive alors l’éponyme Ashes?, tel un retour à l’apaisement. Tourmenté, car lié à la conjoncture. Dans l’élan d’un saxophone qui flirte avec la bordure, jamais complètement normé, il conclut un labeur -le terme est voulu, on imagine que pour ce disque, Paboeuf et consorts ont eu à faire face à la « pénibilité » des circonstances- magnifique, d’une qualité au moins égale aux précédentes sorties d’un homme dont la longévité attise visiblement l’inspiration. Magique.

Site Il Monstro / Bandcamp Daniel Paboeuf