Richard Allen “Locust tree Lane” (Violet Set Records, 27 novembre 2020).

0
874

A Amiens, bastion d’une flopée de groupes qui méritent une attention toute particulière, Richard Allen nous est familier. D’abord dopé au rock (Violent Scaredy Cats), avant de faire retomber la pression (Wolves & Moons) jusqu’à, en son nom propre, s’amouracher avec la folk, il jalonne son parcours d’efforts sincères et sensibles, enveloppants, dont ce Locust tree lane conçu avec une poignée d’amis aux interventions porteuses est le tout dernier volet. Boisé, subtil, et passionné. Son filet de voix, pur, en est bien entendu l’un des atouts. Son jeu de guitare, sobre et verdoyant, boisé et fleuri comme son registre, tout autant. Mais ici les woodwinds, disséminés avec l’aide de deux musiciens remarquables, Sylvain “Kenny” Ruby et Raphael Dumont, accroissent le pouvoir et la portée d’un disque aux airs de refuge sécure, auquel on revient à l’envi et dès lors que le tourment guette, prêt à bleuir les âmes. All the decisions, pour amorcer le paisible périple, lâche ses notes avec parcimonie. Sobriété, économie de moyens et douce rêverie, hantée par des sonorités claires et un fond assombri, caractérisent le morceau. The World on your Chest, vocalement plus “emporté”, prend la suite en optant pour une parure d’écorce ténue, sans rugosité aucune.

Ici encore, l’hypnotique attrape l’auditeur, l’éclat d’une instrumentation mesurée finit par gagner les coeurs. L’ornement est restreint, juste et chatoyant. Dans son petit monde, son vert univers à l’intimité finalement très collective, on se sent bien. Il s’anime, sous les coups feutrés d’une batterie (This Feeling of You). Bois et voix vont de pair, des envolées cotonnées poursuivent l’entreprise musicale amicale. S’il oeuvre en son nom, Richard Allen mêle à ses ouvrages des personnes dont l’approche lui ressemble. Ca lui réussit: une fois de plus, il pose les bases d’une collection à l’orchestration scintillante (Little girl). Le rendu est naturel, comme directement sorti de terre, sans colorant ni quelconque tromperie sur son authenticité.

Le décor, en accords d’or, suinte l’épuré (It is & It Will). La batterie, à nouveau, chahute gentiment le tout. C’est en petit comité, à même le sol et regroupés autour de l’artiste, qu’on appréhende ses offrandes. Il donne de lui, se livre dans une pudeur qui n’a d’égale que la retenue de ses chansons. Bienveillant, il s’exprime avec une belle éloquence. Guitare en main, dans un cadre feuillu, entouré de ses fidèles, il est dans son parfait élément, seyant. Il y donne sa pleine mesure…mesurée. Between the ashes & the Dream, de ses volutes magnifiques, voit les tambours, derechef, rythmer l’essai sans trop de heurts. A l’âme, perceptible, de l’album, ils greffent de la vie. Du mouvement, dans une quiétude récurrente aux contours apaisants. Je l’aurais souhaité plus turbulent, ce Locust tree lane. Plus tempétueux. J’aurais aimé voir ses feuilles s’envoler, ses branches plier.

Il n’empêche: l’album est superbe. A la hauteur des grands de son genre, dont je considère d’ailleurs que le sieur Allen fait maintenant partie. On y trouvera, tout à la fois, paix et beauté. Il s’agit, presque, d’un disque-ressource, à la source duquel on puisera bien-être et sérénité. En cette fin d’année troublée, on prend bien évidemment sans rechigner.

Bandcamp Richard Allen