Shad Shadows “Toxic behaviours” (Young and Cold Records/Wave Tension Records. Vinyl 10 novembre 2020, Cassette 13 octobre 2020).

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Duo italien, Shad Shadows fait dans l’électro crépusculaire, chantée à deux voix -l’une de dame, l’autre d’homme-, teintée de sons indus issus des 80’s et 90’s (Complication). Dans l’ombre donc, hébergé par deux labels incontournables, il en arrive à quatre sorties, ce Toxic Behaviours de tout premier ordre inclus. Daydream monster, grinçant et velouté, traverse déjà les ténèbres dans une rêverie faite de soubresauts, susurrée. Puis le rythme se fait plus vif, moins haché. Un premier jet sans failles, brumeux, entrainant et armé d’une certaine capacité à attraper les sens, à les mettre en branle. Des nappes de synthés, c’est ici l’élément dominant, saupoudrant le tout sans excès. Sad bodies, dans la foulée, se lance dans un canevas de même type. L’alternance des chants, les sonorités qui émaillent le morceau, lui font tenir aisément le cap. Fight the dragon entête de par ses bruits 80’s et basses dansantes aux reflets cold, certains élans rappelant par ailleurs les compilations A man and a Machine initiées, il y a plus de 10 ans, par le Son du Maquis.

On marche, dans le sillage du groupe, les yeux fermés. Ca se prête au contenu qui a l’air de peiner, et ça fait tout son charme, à émerger des brumes de l’aurore tout en se montrant alerte et acidulé. De plus en plus, les brèches indus font leur effet. Le Fight the dragon en question les fait claquer, puis Complication l’imite sur un ton sombre, alerte, où les deux organes vocaux s’unissent.

Bound, au début grésillant, démontre qu’ici on ne recourt pas, on s’en réjouira, à des décors convenus. S’ils restent abordables, les synthés lâchent des sons, et boucles, pas communs. La “drum machine” cingle, accompagnée par des abords froids dont émergent quelques tons plus clairs, épars. Des notes de guitares acidulées, soudain, pimentent la composition. On ne trouve guère à ergoter, Toxic Behaviours n’a que du bon à faire valoir. Leader, saccadé, s’emballe ensuite et évoque, de par son cosmisme sonore, les Young Gods. Des retombées psyché en émergent, accentuant les répercussions évidemment positives d’une excellente création.

Golden field et ses airs de Nasser dans les boucles, pour citer un combo de chez nous, ses volutes aériennes, accroit à son tour le plaisir, non dissimulé. Il offre une envolée spatiale, filtre des sons, encore, attrayants. Si la lumière point, ce n’est que de manière épisodique. L’habit de nuit sied parfaitement à Luca Bandini (voice, synth, drum machines) et Alessandra Gismondi (synth, vocals), qui n’ont besoin de quiconque pour parfaire leurs parutions et leur avancée, jalonnée par une série croissante d’efforts accomplis. Catch fear, cold et décoré de sonorités vrillées, ne l’est pas moins. On continue, imprégné de l’univers du projet, à en extraire de grosses vagues de plaisir sensoriel. The grace boucle généreusement: on n’est toujours pas sorti des griffes underground, nuptiales et parfois ludiques, de Shad Shadows. Ce dernier évolue dans l’ombre, conformément à ce que laisse présager son nom. Il s’agit là de son terrain de jeu favori et adéquat.

En fin de parcours, Magic Celestya reste dans le ton. L’auditeur reste suspendu, tel le cosmonaute dans sa capsule, au flux d’un album entre vivacité et plages ouvertement célestes. L’essai joint, parfaitement, les deux tendances. Shad Shadows, dans son jeu d’ombres très au point, s’affirme -s’il le fallait encore- et signe un album valable et notable, dans la lignée de ses essais précédents.

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