Bootchy Temple “In Consummated Bloom” (Howlin’ Banana Records/Safe in the Rain Records, 27 novembre 2020).

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Bordelais, Bootchy Temple fait partie de la famille Howlin’ Banana (Safe in the Rain Records pour la K7, prenez-en bonne note), ce qui déjà l’honore. Il arrive ici à son quatrième album, qui se parfume aux 90’s -il sent donc bon et le frais-, de type indie-pop câline mais aussi vivifiante. In consummated bloom, l’opus qui scelle plus encore son existence, en tire donc profit et brille de mille feux. A commencer par celui qui fait pétiller Blank words, qui galope et se fait cold tout en servant des vocaux clairs. On décèle de suite, dans la série de chansons, une douceur étoilée, une amertume étincelante, qui feront de l’opus un objet à acquérir. Shame stay, d’une entraînante tranquillité, brille de la même façon. Dans son délié classieux, Bootchy Temple fait bien mieux que les Girondins, longtemps performants pourtant, de sa ville. Can’t tell fait preuve de la même retenue; sans aucune précipitation, mais avec assurance, il souffle une pop ciselée.

Guitares, claviers et rythmique souple, effluves grondeuses, s’unissent avec le plus grand naturel. Scarfpin, un brin plus appuyé que les titres d’ouverture, s’inscrit comme leur parfait complément. Ce Consummated bloom dégage un éclat, sobre et récurrent, qui lui fait pénétrer les cervelets. Something part. 2 est chanté délicatement, il se montre pourtant vif et exhale des bulles pop qu’on attrape au passage, tout en mouvant nos carcasses que les sons subtils de Bootchy Temple font frétiller. Lost future, malgré le pessimisme de son nom, ravit et s’avère direct, mélodieux toutefois. La valeur des mélodies, leur allant aussi, est pour les Aquitains un bel atout, à ajouter à un arsenal déjà considérable.

On se laisse donc bercer, porter et, sans rudesse mais aussi sans politesse superflue, secouer par une enfilade d’airs enivrants. Hook, d’une torpeur merveilleuse, se poste en instrumental légèrement surf, détendu, des plus apaisants qui puissent être. Solastalgia, selon un déroulé également posé mais nettement plus compact, impose une rêverie sonore aux retombées impétueuses. L’album est un baume, créé avec soin et passion. Une louche de dream-pop, un soupçon d’élans aux limites du noisy, une cuillère d’éther et nous voilà sous l’emprise, comme chloroformé. Nowhere else, dans une veine poppy élaguée, à la voix une fois de plus charmeuse, aux guitares entre fièvre et retenue, accompagnées par ces synthés discrets, n’en dit pas moins. Comme un bon…Bordeaux, In Consummated Bloom se sirote tranquillou mais attention, il pourrait donner des envies d’ivresse.

Wishing well, fougueux, me conforte dans mes propos. En ces temps où le son constitue l’une de nos plus sûres thérapies, on abusera sans vergogne des douze morceaux au dessus lesquels flotte l’étendard, bien planté, Bootchy Temple. Since I’ve seen you smile, à l’heure de finir, pratiquement, de dresser le bivouac sous les étoiles, met dans le même froc pop la fesse droite et la fesse gauche. On s’y sent bien, sécure, tout en se frottant à des passages enhardis. L’unité est certaine, Sleep’s raft met fin à l’histoire dans l’exacte lignée de ce qui l’a devancé. Le disque décrit ici est un régal, un pur produit indépendant “totally french” qui dote le catalogue du pays d’une nouvelle production sans écarts ni faux-semblants.

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