I Am Stramgram, interview

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Le bordelais I Am Stramgram a sorti son nouvel album intitulé When The Noise Becomes Too Loud il y a quelques semaines (Lagon Noir, 9 octobre 2020). En attendant de pouvoir fêter ça en live (c’était prévu mais le confinement, tout ça…), Vincent a accepté de nous en parler en répondant à quelques questions par mail! site officiel d’I Am Stramgram. Facebook d’I Am Stramgram. Bandcamp d’I Am Stramgram.

Joseffeen/Muzzart: Je trouve que ton nouvel album s’inscrit totalement dans la période actuelle car les titres sont souvent l’expression du besoin de trouver sa place ou de prendre une respiration au milieu du chaos et du temps qui passe. Est-ce que c’est comme ça que tu le vois aussi ? (oui, je sais, c’est une question en oui ou non mais je te fais confiance pour développer et j’espère que je ne suis pas passée à côté et que tu ne vas pas me renvoyer l’interview direct avec juste “non” en réponse.. 😀  )

Vincent: OUI.
Question suivante 🙂 .

Effectivement, c’est le thème principal de ce disque ! Voilà comment on tentait de le résumer sur la plaquette :

« Désormais à cet âge où l’on n’est pas vieux, mais plus vraiment jeune, les questionnements sont encore plus nombreux alors que notre regard sur le monde semblait pourtant s’aiguiser. « Le chemin du paradoxe est le chemin du vrai » (Oscar Wilde) illustre cette insaisissable idée dont I Am Stramgram tente ici de s’emparer. Se sentir étouffé, noyé sous les échanges et le trop d’informations. Puis revenir aux fondamentaux, et faire rimer ce manque d’oxygène à l’apaisante immersion dans l’eau et le silence. Le second album When The Noise Becomes Too Loud cherche à emprunter ces deux routes contradictoires, menant pourtant à ce même état d’apnée . Un second album moderne de pop hybride et lunatique, à l’image des insaisissables paradoxes qui nous habitent. »

Évidemment, tout ceci était écrit et décidé avant la crise sanitaire… Le contexte actuel vient  en remettre une couche sur cette histoire de rapport à l’oxygène.

Joseffeen: Le morceau “When The Noise Becomes Too Loud” illustre cette idée là. Peux-tu me parler de l’écriture et de la composition de ce morceau qui a donné son titre à l’album? 

Vincent: Je me rappelle très bien du moment ou cette mélodie a émergé ! C’était un matin dans mon ancien appart’ du centre de bordeaux, j’ai fredonné ce truc sur trois pauvres notes ultra minimalistes de ma guitare accordée en Ré.

Je fonctionne toujours comme ça : le son avant le sens. J’ai une ligne mélodique qui vient d’abord, un premier jet instinctif, un truc assez immédiat et non réfléchi, puis j’y injecte du sens ensuite.

Bref, je trouvais qu’il y avait quelque chose à exploiter dans cette suite très simple. Je l’ai ensuite étoffée, bricolé, démontée, remontée dans un autre sens… Ce titre croquait pas mal l’état d’esprit général de l’album ! Il évoque l’absurdité de nos agitations, dit que c’est cool de se concentrer sur l’essentiel ! C’était un mélange de tout ce qu’il y avait dans ma tête à l’époque en fait… Des infos qui oscillaient entre types en costards faussement concernés et des êtres humains qui mouraient en mer « Bodies drifting in the sea next to busy self made men waiting for cabs » mêlés aux souvenirs d’être parti en montagne avec des amis, coupé du monde, se lavant dans des torrents gelés loin du bordel ambiant “And behind the fences wash my head in rivers when the noise becomes too loud”.

Dans cette chanson, il y a d’un côté cette impression d’écrasement, d’impuissance et de l’autre il y a les soupapes que l’on s’accorde pour ne pas devenir fou je crois…

Joseffeen: Tu as sorti un clip pour ce morceau réalisé par Tuperhero. Qui sont-ils et comment s’est passée cette collaboration? 

Vincent: Tuperhero, c’est mon grand pote Fred Cavender ! Ami des pubs anglais de longue date !

Son frère Albert écoutait beaucoup le titre “Set A Thought” à l’époque ! On buvait une mousse en terrasse lorsque Fred a débarqué ! Le premier truc qu’il m’a dit c’est « J’adore ce que tu fais, j’ai envie de te faire un clip » !  Depuis, il y a réalisé les clips des titres “Saut De Ligne” et “Safes” (réunit sous le nom de Resonance), “Nothing But The Time You Waste”, “A Million Years” et “When The Noise Becomes Too Loud”.

Fred est toujours partant pour tout ! Il est très débrouillard et inventif ! On se fonctionne très bien ensemble avec des budgets proches de 0 et des timing intenables ! Parfait quoi !

Joseffeen: Ce n’est pas votre première collaboration puisqu’ils ont aussi réalisé le clip précédent pour le morceau “A Million Years” à l’atmosphère assez sombre lui aussi. Tes premiers clips étaient nettement plus lumineux esthétiquement, comment travailles tu le passage de tes titres en images?

Vincent: Ça dépend des fois !

Ma formation universitaire à la base, c’est l’image ! Je me considère comme plutôt moyen en la matière mais ça ne m’empêche pas d’avoir parfois des idées, des images en tête, des choses auxquelles je pense qui soient en lien avec la thématique de l’album et la chanson à traiter.

On échange beaucoup avec Fred. Il rend des idées parfois abstraites plus concrètes et réfléchit beaucoup à l’aspect technique, ce qui est jouable ou pas. Pour “When The Noise Becomes Too Loud”, on avait envie de faire un plan séquence avec les contraintes que cela implique ! Je suis très content du résultat  ! Ce clip paraît très simple mais la préparation en amont et les effets spéciaux en post-prod ou été du gros boulot !

Joseffeen: Alors que tes débuts en tant que My Ant étaient un peu plus folk, cet album là s’inscrit  dans une lignée folk/pop indé de gens comme Tom Mcrae (“Make it to the Moon” et “Wooden Gun” m’ont fait penser à lui), Sufjan Stevens ou Billie Eilish chez les filles (pour le côté sombre des paroles chantées en douceur comme son “Everything I wanted”, j’espère ne pas me planter en disant ça, je tente).

Vincent: Tu évoques trois de mes rock stars préférées dans leur domaine respectif.
Les deux premiers albums de Tom Mcrae m’accompagnent toujours assez régulièrement, Sufjan Stevens est peut être mon artiste préféré (même si je n’aime pas tout, je trouve que c’est un des musiciens les plus fascinants de ces 15 dernières années) et Billie Eilish est la dernière personne à m’avoir fait pleurer sur un titre. 
Voilà.

Joseffeen: Comment se sont passés, l’écriture, la composition et l’enregistrement de cet album? 

Vincent: Sur la longueur pour la composition, sur un temps plutôt court pour l’enregistrement !

Pour le précédent disque, j’ai beaucoup travaillé avec les loopers ! J’improvisais des choses avec les machines et les boucles devenaient parfois des chansons.
Là j’ai plus composé derrière un ordinateur, en mode puzzle. C’était une période ou la guitare ne m’inspirait pas et je privilégiais le bricolage derrière un écran. Je remplaçais des instruments par un autre, j’interchangeais couplet et refrain, je mélangeais deux bribes de chansons ensemble… J’ai pris le temps de faire des assemblages, de m’approcher de choses qui me semblaient justes. 

Les chansons ont été écrites sur deux ans mais on a tout mis en boite en deux semaines ! On a enregistré avec mon batteur Paul dans son petit local près de la gare, on a aussi récupéré pas mal de pistes des démos faites chez moi et Benjamin du studio Cryogène a mixé tout ça ensemble en apportant sa patte !

Joseffeen: Qui a réalisé la jolie pochette de l’album? Comment l’as tu choisie?

Vincent : La pochette de l’album est un tableau réalisé par Guillaume Montier, le cousin de ma belle maman. L’oeuvre s’appelle L’Etreinte Emeraude !

Il y avait donc ce fil rouge tout au long du disque comme expliqué au début de cette interview et je trouvais que ce tableau résumait parfaitement l’esprit des morceaux ! J’avais envi d’être ce type en fait !

Il y aussi un niveau de lecture supplémentaire car on peut effectivement le rapprocher du tableau Ophélie de John Everett Millais. C’est un personnage de fiction de la tragédie Hamlet, de William Shakespeare, chantant juste avant sa noyade.

L’album a failli s’appeler Noyé… Je vous fais pas un dessin !

Joseffeen: Tu as d’autres projets en parallèle d’I Am Stramgram, notamment le projet Vivarium, tu peux nous en parler un peu? 

Vincent: Vivarium est une création pluridisciplinaire mêlant musique, texte, manipulation d’objets et vidéo. Le spectacle questionne la notion d’utilité au sein du monde du travail et évoque plus largement la quête de sens. 

On explore avec Edouard, Augustin et Roxane (qui sont comédiens, auteurs, metteurs en scène) des questions telles que pourquoi notre travail nous définit-il autant en société ? Que se passe-t-il lorsque que celui-ci nous éloigne de nos valeurs morales ? Comment redonner du sens à celui-ci et, plus largement, à nos vies ? On essaie de porter ces réflexions pragmatiques, sociologique et philosophiques au plateau ! C’est pas une mince à faire…

La première de Vivarium est prévu le 9 mars 2021 au Théâtre de Gascogne à Mont de Marsan. Il y a une tournée en suivant et des dates en calage pour la fin d’année prochaine !

– 9 mars 2021 
Théâtre de Gascogne – Le Pèglé / Mont De Marsan

– 13 mars au 2021 –
Rocher de Palmer / Cenon

– 16 mars 2021 –
Théâtre Ducourneau / Agen 

– 20 mars 2021 –
Salle Felix Arnaudin / St Paul Les Dax

– 24 avril 2021 –
Centre Culturel de Léon

– 30 avril 2021 –
Scène aux champs – La Mamisèle / Saubrigues

J’ai également réalisé les musiques du spectacle « Moi, Phèdre » de la Compagnie Le Glob de Jean Luc Ollivier qui tournera l’année prochaine, je suis comédien et musicien sur une création du Collectif OS’O appelé le Dernier Banquet, je fais des duos avec des types (bisous VAPA et Sailorson), je construis mon petit studio, je tente de composer et d’enregistrer de nouveaux trucs… Je lis les derniers Dragon Ball Super en cherchant le prénom de ma future fille ! Voilà !

Muzzart quizz

Joseffeen: Quel est le meilleur endroit pour écouter de la musique?

Vincent: Sur mon canap’, avec les supers baffles à mamie qu’on a récupérées et faites réparées !
Mais à l’heure actuelle je dirai en salle puisque ça manque beaucoup…

Joseffeen: Quel est le premier album que tu as acheté tout seul avec tes sous à toi quand tu étais petit/ado?

Vincent: Le premier CD c’est Eagle-Eye Cherry, l’album Desireless en 1998, acheté en même temps que ma première vraie chaîne Hifi Steréo Laser avec mes sous (j’avais des skeuds avant néanmois, via ma famille abonnée au club Dial ou les amis de mes grands frères !)

Avant ça j’avais quand même acheté la BO du Roi Lion en K7 en 1994 avec mon argent de poche… L’album de Coolio Gangsta’s Paradise et Scatman’s Wolrd de Scatman en 1995 aussi, Dolly en 1997…

Joseffeen: Quel est le meilleur concert que tu aies vu?

Vincent: Difficile à dire…
J’ai un excellent souvenir de François And The Atlas Mountain au club de Barbey il y a quelques années ! Dans des réminiscences plus adolescentes, il y a Placebo au Bikini à Toulouse en 1998 ! 

Joseffeen: Quel est ton dernier coup de coeur musical?

Vincent: Les titres “Heaven” de I Monster et “Dictionnary” de The Go Find découverts sur FIP récemment en faisant du placo !

Merci à Vincent et Ophélie!