Animal Triste “Animal Triste” (m/2L*, 4 décembre 2020).

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Niché à Rouen, fondé par des membres de La Maison Tellier et de Darko, Animal Triste défend un rock varié, adroitement déployé sur ce premier album éponyme. Il déclare jouer du rock “post-coïtum”, l’essentiel restant de retenir qu’ici, il s’en sort plutôt bien. A six, les gaillards sont allés au studio Piggy in the Mirror de David Fontaine, au beau milieu des brumes normandes hivernales. Ils en sortent, pour présenter leur répertoire, un Darkette inaugural puissant, dans lequel force et mélancolie enflammée donnent justement le ton…et trouvent le ton juste. Ca démarre bien, on est même placé sous les meilleurs auspices; ceux d’un son tendu, intense. Mais on ne s’en contente pas: Shake Shake Shake, sur ton plus clair et mélodique, mais lui aussi incandescent, apporte à son tour une touche de choix. Le rock d’Animal Triste s’entoure de sons divers, bien imaginés. Le projet, déjà, semble tenir debout sans peine. Dancing In The Dark [Bruce Springsteen Cover], outre le fait de prouver le bon goût des musiciens, livre une pop…triste, alerte, sertie de motifs aux airs de petits diamants sonores. Les guitares, rugissantes, interviennent alors.

Après cette reprise bien sentie, éraillée, Wild at heart installe des penchants aériens. Un brin de sentiment, une dose de finesse, un impact volontairement bridé: le tour est joué. Le morceau, de plus, a le bon goût de s’emballer en sa fin. Des poussières de synthés lui retombent dessus, mêlées au reste. On approuve. Sky Is Something New, en suivant un chemin quasi similaire, basé sur la retenue, sur un ressenti vocal audible, fait ses preuves. Ses envolées amples, ses scories célestes, le créditent. Ici, tout est bien foutu. Le paquet étant ouvert, reprenons donc un bonbon sonore.

Amor Bay, dans une parure gentiment cold, y va de ses mélodies sensibles. Animal Triste navigue entre les ambiances, parvient à toucher l’auditeur et, aussi, à le faire se mouvoir…et s’émouvoir. Sans surenchère, toutefois, dans l’émotionnel. Il aime, également, à intensifier ses compositions quand, doucement, elles paraissent “retomber”. Vapoline, riffs entêtants à l’appui, amorce un assaut aussi rude que modéré. On y décèle, encore, de l’émoi dans le chant. Quand on est rouennais, on est souvent bon. Ca oblige, aussi, la relève et les “nouveaux” à se montrer digne de l’existant. Animal triste, sans conteste et bien que déjà expérimenté au vu du parcours de chacun, y arrive sans forcer. On trouve peu à redire, si ce n’est qu’on aimerait, peut-être, que les “explosions” soient plus fréquentes. Ca n’empêche toutefois pas le dit titre, sur son final, de durcir le ton. Là encore, on prend.

On en est déjà à la fin de l’aventure. C’est passé vite. Out Of Luck, en mid-tempo attractif, vient border le tout avec autant de rudesse que de velléités mélodiques. Une fois imprégné, on aura l’envie d’y rester, noyé dans la rage douce-amère d’un groupe au premier jet chargé de promesses.

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