Trees “Trees” (Réédition.Earth Recordings/Fire Records, 13 novembre 2020).

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Groupe anglais d’acid-folk ayant sévi de la fin des années 60 au début des 70’s, Trees voit son album de 70, The Garden of Jane Delawney, ainsi que celui paru en 1971, On The Shore, bénéficier pour les 50 ans du groupe d’une réédition par le label Earth Recordings. Démos, BBC Sessions, lives et inédits sont ajoutés au package, porteur d’un son relifté qui magnifie le tout. A l’époque, la formation de David Costa imposait presque, de par son style, la survenue d’un terme nouveau dans le lexique musical. Les deux opus sont des splendeur absolues: Celia Humphris embellit un déjà scintillant Nothing special, à la folk sertie de guitares piquantes, pour inaugurer les festivités. The great silkie, après une amorce douce, s’enrage et laisse ses guitares, et sa batterie en saccades, impulser une envolée psyché enflammée que la voix vient ensuite faire retomber. On trouvera, au cours des deux disques, pléthore de morceaux de bravoure, au spectre outrepassant largement la simple mouvance folk. Si le titre éponyme s’en tient à une folk pure et sobre, Lady Margaret dévie, lui, vers de l’acidulé aux six-cordes fiévreuses. Glasgerion, de ses accents presque médiévaux, virevolte et brode une trame merveilleuse. C’est une évidence, Trees porte en lui ce génie de composition, ce penchant à créer, qui en font un combo mythique.

Nombreuses sont les occasions, pour le coup, d’adhérer sans conditions. Road, où l’organe vocal est cette fois partagé entre féminin et masculin, suinte une sorte de folk-blues “acid”, en phase avec l’appellation liée au clan british. Snail’s Lament, mélancolique, et tout ce qui va suivre en fait -je ne m’arrêterai pas à chaque titre livré, mon écrit serait long et ennuyeux à lire-, concourt à l’excellence du rendu. Black widow, entre pureté de la voix et encarts hérissés, étincèle. Si les remix sont, à mon sens, pour certains dispensables quoi que porteurs d’une dynamique nouvelle et plus actuelle, l’ensemble ravira sans forcer non seulement l’aguerri, celui qui depuis longtemps écoute Trees, mais aussi le néophyte. J’avoue en être, ne connaissant que très peu le quintet, et la découverte me comble. Elle prouve aussi que depuis, on n’a guère inventé, tout ayant fait, ou presque, à l’époque. L’objet, de plus, est aussi une jouissance pour les yeux, agrémenté de notes signées David Costa et Stewart Lee.

Les démos, quant à elles, font rejaillir la pureté, la sobriété des morceaux. Les BBC Sessions leur donnent une autre coloration; The great silkie, par exemple, se fend d’une fougue renouvelée. Musicalement, c’est le graal. Des trésors d’antan comme Streets of Derry, Sally free and easy et ses dix minutes renversantes entre folk et incrustes acid, ou encore While the iron is hot et ses élans alertes, refont surface. J’avoue ne plus savoir par quel bout prendre cette ressortie: de partout affluent des titres majeurs, qui résisteront à l’épreuve du temps et ce d’autant plus après un relifting comme celui initié par Earth Recordings et Fire Records. Les deux structures, souvent crédibles, se dotant pour le coup de parutions de tout premier ordre. Little Sadie, dans une folk un brin western, est de celles qui, intemporelles, asseyent la majesté des travaux d’un Trees à l’existence éphémère, certes, mais diablement porteuse. Avec entre autresBert Jansch, dont le Crimson Moon est ressorti début octobre, on a largement de quoi se repaitre, au son d’albums définitifs et difficilement dispensables, qui plus est novateurs pour l’ère qui les a vus naître. Splendide.

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