Blast Candy « Blast Candy  » (Idol/L’Autre Distribution, 13 novembre 2020).

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Blast Candy, ça…blaste. C’est un gang offensif, dynamite et dynamisant, qui s’offusque et le clame à grands coups de riffs durs, de chant remonté et de rythmique épileptique. Son album éponyme, véritable concentré d’énergie punk et de furia sonore, envoie tout valser. Féminisme et injustices de tout ordre (il y a donc de quoi beugler sa colère) sont les fers de lance d’un opus sulfureux, que It’s a girl amorce sur un ton trompeur puisque ses voix de début se montrent douces. Mais bien vite la frontwoman, Mirabelle Wassef (AKA Vicky B.) s’emporte et rugit, façon riot girl. Autour d’elle, ça ferraille sévère. A la guitare, Guillaume Aknine et Laurent Guillet jouent noisy, tirent à vue et dézinguent tout ce qui se trouve dans leur champ de vision. Parallèlement, Tibo Brandalise (batterie) et Cedryck Santens (basse) assurent une rythmique reptilienne et/ou débridée, parfaitement adaptée. Notons que le cogneur en question et Florian Pellissier (co-compositeur) figurent sur le nouvel album et dans le Free band d’Iggy Pop. Bref, cessons les palabres: My dragon balourde du lancinant menaçant, qui reste dans une retenue sur le bord du fil.


Photo Pam Meliee Sioux.

Une chanson dédiée aux filles (chers Portobello Bones, la relève de la cause est ici assurée!), une autre sur l’instinct de survie: les thèmes abordés, en plus d’un son tranchant, éveillent les consciences. Taste my candy, sur des tons « pink rock » riffants et appuyés, complète le bazar sans fléchir. Puis Break the silence, consacré à la parole en tant qu’instrument de lutte socio-politique, envoie un punk-rock aux boursouflures noise. Hier encore je ne connaissais pas ce clan sonore bien sonique, aujourd’hui je l’écoute fort et très souvent. Suis une pute, sage dans le son, met le divers et le non-conventionnel en avant. L’état (il ne mérite pas même la majuscule) en prend plein ses billets. Tant mieux, top peu osent parler. Ici, c’est fait. Avec brio. I’m a whore, it’s my job. Pour qui cela vaut-il, finalement?

La question étant posée, la fusion d’ I say no réveillera les derniers endormis. Le pouvoir de dire non, tout simplement, y est sacré. Avec rage et groove, le clou s’enfonce dans l’esprit vicié de tout oppresseur potentiel. Il y a du « muthafuck » dans ce titre, normal: on en est entourés. Là encore, ne pas accepter. Ne pas se soumettre. Ca fait du bien, ça fédère. Lady Pink, où les guitares tissent des trames subtilo-sauvages, entérine les dispositions de l’équipée Blast Candy. Me touche pas, fusionnant comme un Spicy Box, se définit comme un « petit traité du consentement à l’attention de tous les cons ». On en arrive à Knives are out, jazzy, passé au soufre. Qu’il opte pour du frontal sans vergogne ou qu’il emprunte un chemin plus tranquille, Blast Candy cartonne et détonne.


Photo Jeff Humbert.

On commence à peine à lever le poing que déjà, le terme de ce shoot d’insoumission salutaire se profile. La femme dans la voiture, rock’n’roll chanté en Anglais-Français, finit le truc sans débander. Il a pour base un texte de Hettie Jones, poétesse de la Beat Generation. On conclut donc dans l’ombre d’un rock teigneux, rythmé. La comédienne-chanteuse, inspirée par Lydia Lunch et les figures de proue des mouvements Black Feminism, Riots Grrrls ou encore Pussy Riot, et ses hommes de main ficèlent là un album de la meilleure des trempes, gueulard et contestataire, mais aussi nuancé et lucide.

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