King Khan “The infinite ones” (Ernest Jenning Record/Khannibalism, 30 octobre 2020).

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Surprenant et facétieux, King Khan nous revient avec un album…de jazz, non-conforme comme attendu, qui inclut de belles interventions. En effet, Marshall Allen & Knoel Scott (Sun Ra Arkestra), John Convertino & Martin Wenk (Calexico), Brontez Purnell (Younger Lovers), Ben Ra (King Khan & The Shrines) et Davide Zolli (The Mojomatics) y vont de leur “feat”, colorant un opus évidemment libre et racé à souhait, qu’amorce Wait till the stars burn. Une giclée jazz free, dont ressortent des écarts couplés à des plages à l’ancienne de premier choix. On note déjà l’envie du bonhomme, enthousiasmante, de faire dévier le genre. Tribute to the pharaoh’s den, entre angélisme des voix et effluves dépaysantes, cuivres comme hagards, ne suit pas non plus, quand vient son tour, un tracé droit et normé. Dans l’exercice du “faire maison”, King Khan excelle évidemment. (White Nile) Flows Through Memphis, joué lentement, renvoie des motifs psychés et notes très bleutées. Lentement, il pénètre les esprits. Semblable à nulle autre de ses oeuvres, The Infinite Ones risque fort d’être notre definitive one. Pour peu qu’on affectionne les rendus déviants mâtinés d’idées fortes, personnels, il comblera tout un chacun.

Même sans chant -la formule m’irrite parfois, chez certains-, il reste attractif. A hard rain’s gotta fall joue même une forme de kraut-jazz, avec un certain allant, zébré de cuivres bruissants. Theme of Yahya suit, dansant et exotique. King Kahn et ses acolytes réinventent le style; si jazz il y a, alors me voilà irrémédiablement converti. Mister mistery, de riffs forts en sonorités obsédantes, ne fera qu’accroître notre goût pour cette musique ingénieuse, sortie d’un esprit pour le moins fertile. Xango rising arrive ensuite, ses cuivres délirent derechef. Saccades de batterie, finesse et stridence se donnent le change. De King Khan seul, nous pouvions espérer une telle création.

The world will never know, massif, s’attaque sur son amorce à ce qu’on pourrait appeler de la jazz-noise. Il vire après cela en une lente trame vaguement psyché, retenue. Trail of tears est lui velouté, typé dans ses chants. Un peu lunaire aussi, il suinte la classe et l’élégance. Follow the mantis se pare de sons, de climats, une fois encore captivants. Sombre et feutré, il menace d’exploser tout en s’en tenant à des atours orageux, de ceux d’avant les éclairs. Il n’attirera pourtant aucune foudre; à l’inverse, il fera croître le nombre des inconditionnels d’un King Khan sans réelles limites. Hal, posé mais pas rangé, finira le disque en suscitant également un intérêt optimal. Ses bruits transportent, déstabilisent. Notre homme est parvenu, comme d’habitude et magistralement, à nous extraire de nos sphères sécures.


Photo Orestis Rovakis.

Excellente livraison, donc, que cet opus qui transfigure le jazz tout en lui rendant un bel hommage. Un ouvrage décalé, cela va sans dire, qui tournera longuement sur les lecteurs de ceux qui s’attachent aux travaux inédits, audacieux, sans équivalent reconnu.

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