Mickaël Mottet “Glover’s mistake” (We are Unique! Records/Bigwax, 9 octobre 2020).

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Aguerri mais pas guéri (du son personnel), Mickaël Mottet à bourlingué, jusqu’alors, sous différents étendards (Angil & the Hiddentracks, John Venture, Jerri et les encore actifs Lion in bed), s’y essayant avec succès à emmener le genre pop vers des contrées inhabituelles. Sous son nom et sur ce Glover’s mistake, sa pop à lui -j’insiste sur le terme car il la façonne réellement à sa manière- lorgne vers le jazz, le hip-hop, et se boise, instrumentalement, de façon récurrente. Plutôt intimiste, elle reflète la passion d’un homme au parcours rempli, qui n’a de cesse d’explorer. On n’est certes pas dans le bruit rugissant, mais la matière est parfaitement ouvragée. I won’t be still et ses accents orchestraux, sa voix sensible et choeurs joliets définissent des contours paisibles, enveloppants. Suivant un étayage simple et riche, The invisible fait de même. Le cadre verdoyant concocté par Mottet fait reluire sa pop, laquelle demeure, toutefois, prudente. C’est avec The butt, au débit rap serti de sons jazzy, qu’elle s’anime vraiment. Entre contours de choix et greffe de genres divers, Glover’s mistake finit par nous gagner. Swoop in from the coast (dream 1), ombragé mais clair dans son chant, se borde lui aussi agréablement. Mottet joue une pop ouatée, qu’il sertit de sons ingénieux.

Il susurre, 15 ways to love Mark E.Smith le voit réinstaurer un débit hip-hop sur fond sobre aux teintes jazz d’entre les troncs. En orfèvre pop, il fait bien avec peu. A l’instar des grands, il fait usage, immanquablement, de sonorités sans gras, sans excès, qui embellissent son ouvrage. Composing our own forlanas se déploie, spatial, psyché. La voix survient, ample. Si on s’y abandonne, si on passe outre ses atours constamment posés, Glover’s mistake peut captiver. Le titre s’emballe quelque peu, rythmiquement, sans y perdre de son pouvoir psyché, un tantinet dreamy.

Les tons sont donc multiples, quand bien même l’énergie se veut mesurée. Il m’arrive de sentir poindre l’ennui: j’attends en vain le sursaut plus hérissé, connaissant l’apport de tels encarts. BBC & music s’en tient à une vêture élégante, caractéristique de l’album. C’est beau, sécure, apaisant. Bible study est plus enlevé”, tout aussi dépouillé. La pop tranquille de Glover’s mistake ne se fige jamais, ouverte à tout courant bien que coulant en des eaux avenantes. Elvin on the drums esquisse l’espoir d’un soubresaut, d’une envolée “wild”. Il n’en est rien mais le morceau, lunaire et saccadé, fait son effet. On expérimente gentiment, sans y perdre son auditoire. Playing with my dream band (dream 2) offre enfin ce surplus de vigueur, tout au moins dans sa cadence. Celle-ci s’efface néanmoins, laissant place à une ritournelle répétitive grisée…avant de revenir. L’effet, ici encore, est psyché, hypnotique. Le fond s’obscurcit, céleste et tourmenté. Une voix fine orne le tout, aux notes addictives. Magique, la chanson ponctue magnifiquement la terminaison du disque.

Enfin, c’est l’éponyme Glover’s mistake qui clappe la fin de l’opus. Dans une étoffe pop à nouveau à nu ou presque, aérienne, il accroît la beauté d’un recueil tranquille, audacieux sans toutefois dévier de manière poussée, dont les airs pacifiques et bien ornés constituent une bulle protectrice, un rempart salvateur contre les heurts inhérents au quotidien.

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