Dirty Deep “Foreshots” (Digital 15 mai 2020, Vinyl 13 octobre 2020.Deaf Rock Records).

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J’ai vu Dirty Deep en live, 3 fois et sous différentes formules. Duo bien garage, trio blues-rock authentiquissime. Impressionnant, que ce soit au Celebration Days Festival ou, plus récemment, en ouverture de Jim Jones & the Righteous Mind, dans ma ville d’Amiens. Je l’ai écouté, maintes et maintes fois. Direct ou plus nuancé, toujours vrai à souhait, son What’s flowin’ in my veins (2016) coule encore dans mes veines ou plutôt, dans mes écoutilles. Tillandsia (2018) l’accompagne, fidèle à la vérité et à la ligne de conduite du groupe. Aujourd’hui, les trois hommes nous font le bonheur de sortir, en vinyl siouplait messieurs-dames, son Foreshots paru, à l’origine, sous forme digitale en mai de cette année. Outre le fait que l’objet soit beau et entièrement acoustique, il fait gicler le bonheur et péter un son roots, dénudé et pourtant étoffé, mis en exergue par le brio qu’ont ces mecs-là quand il s’agit de se renouveler en restant eux-mêmes. Pif paf pouf, un Holy ghost hanté, joué et chanté comme si Dirty Deep se tenait là juste à côté, respire et crédite superbement le blues-folk. Voix éraillée, notes fines et, au delà du tout, références étincelantes à l’ancien temps, aux origines ici transcendées, nous forcent “direct” à adhérer.

On est lancé, Rose se poste ensuite entre folk et touches country. Notons la magnificence, à nouveau mais c’est pas nouveau, du rendu. Worried mind, contrairement au tourment qu’annonce son intitulé, enthousiasme et renvoie un jeu fervent. Ici piano, banjo et contrebasse sont de la partie. L’harmonica aussi et dès lors, on ne s’étonnera guère de la flamboyance de ce Foreshots. L’union est parfaite. My only rest est vibrant, pur. Downtown train suinte le dépouillé qui remplit l’espace. Dirty Deep décore ses compositions de motifs magiques, se réinvente et consolide ses bases, déjà conséquentes. Subtil et fiévreux, il nous sert ensuite un urgent Hipbreak II où la contrebasse tabasse et l’harmo s’enflamme. Le morceau est court, trop court. Dommage. Mais l’unisson presque gospel d’ In the woods, au début, scintille et amène un folk alerte, rugueux, à la pénétrance rock. On reprend la marche en avant, victorieuse.

Le disque à valu à Dirty Deep l’éloge de Jim Jones lui-même, le fait est significatif. Pour some whiskey on my heart est à nu ou presque, le groupe n’est aucun moment dans le trop plein. C’est au contraire sa mesure, son sens du dosage adapté, qui le fait briller. Quand tout est dit, il se tait et nous conte une nouvelle histoire. Celle de When I’m gone, sautillante, poinçonne son ticket vers une reconnaissance accrue. En attestent les retours sur ses efforts et le nombre croissant de fans inconditionnels, shootés au son qui ne triche pas. Dirty Deep rend un hommage merveilleux au son qui l’a façonné, contribuant grandement à son identité. Mad world, explosif autant que délié, déplore l’état du monde et entre de ce fait en parfaite résonance avec l’actualité. Ce trio est l’un de nos combos les plus précieux. Stormy day, mélancolique, finit le boulot en enchantant, une dernière fois, le possesseur d’un recueil aux bienfaits multiples.


Photo Eric Antoine.

Je n’épiloguerai donc pas: Foreshots est un must. Un disque que l’on se doit de posséder si comme vous qui aujourd’hui lisez ces lignes, comme vous qui suivez le clan strasbourgeois dans ses moindres actes, vous adulez les productions sans fard ni entourloupe. Magnifique.

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