Traître Câlin “XIII EX​-​VOTOS” (Solium Records/Atypeek Music,13 octobre 2020).

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J’ai entendu l’nom, je me suis dit “Bingo, ça va être la déjante!”. Un duo d’barjots, à l’oxymore qui m’plait grave, qui me donne de mauvaises idées où plutôt les confirme: Traître Câlin. Un premier EP, Par traîtrise (il ne peut en être autrement avec cette paire de tarés fiévreusement intelligents), a vu le jour en mai 2018. On y décelait, déjà, une folie parolière qui contribue au génie du projet, bien plus tenu qu’il n’y parait. Dans quelques jours, XIII EX​-​VOTOS prend le relais et rassurez-vous, la santé mentale des parisiens a empiré. Condition nécessaire, de toute façon, pour bien faire musicalement. Ceci avec deux synthés qu’on imagine miteux mais qui font des miracles, des textes qui enc+++++ la croyance et une sacrée dose d’imagination dans le genre, inqualifiable et c’est très bien comme ça. Saoul de sang et son rythme martial à la Soul idiot des Young Gods, en plus massif, agresse d’emblée le bien-pensant. Ca me va, et puis ce côté frappé du bulbe cache un belle dose d’ingéniosité. Le chant, façon Clapo de ma belle ville amienoise (elle est belle cette référence, elle est surtout datée, style début des 00’s), emprunte vite fait au hip-hop, moins vite fait à la folié créatrice. On saupoudre ça de séquences électro, qui éclairent à la torche étainte le gris du propos, et voilà qu’on a la possibilité de se fader du jamais entendu.

Libre ébriété, ensuite, ressemble à une belle giclée d’éthylisme verbo-vocal. Il enivre. Arme automate fait grésiller les synthés, lâche des “Na-na-na” (ou “la-la-la”?) givrés, se lâche sur le débit. Trop bon. Le rythme augmente, les bruits fusent et le délire a certainement, sous ses atours dénués de sérieux, bien plus de sens et de tenue qu’on ne l’imagine. Dorica castra fait le bègue, ça leur va bien à ces deux-là! C’est du psyché trituré, une errance dans les tréfonds d’un psychisme au bord du gouffre. Sale sombrage, si tu croyais à un retour la normale, te met salement à mal. Secousses électro, narration loquace, idées sonores à la pelle décalent encore plus le bazar. Des sonorités sans filtre s’échappent de la marmite, dont le fond attache mais dont la soupe a étrangement bon goût, relevée à la dextérité et au souci de faire croire qu’on va nulle part.

Noir de néant, plus clair ou moins noir, tranche. Enfin, un peu. Son début serein laisse place, toutefois, à des embardées déraisonnées. Vertueux vice -encore un intitulé que je suradore- ressemble à du noise-rap. Mais à la façon de Traître Câlin, dans la déviance continuelle donc. On ne fait rien comme ailleurs, c’est le meilleur procédé pour se distinguer tout en manquant de distinction. Ciels séniles pulse et se marre, ivre et groovy. Le chant scande, les sons malins arrivent par vagues. Une fois de plus, je valide. Je serais bien en peine, je le confirme, de nommer sans approximation ce que fait le groupe. On s’en fout un peu à vrai dire, Agonie agacée nous replonge la tronche dans l’univers, plutôt Traître Câlin, des trublions de la capitale. Ils débitent allègrement, Feu folle foi sert des espèces des riffs détournés. Ici aussi, les sons cognent et s’insoumettent. Ca tombe bien, c’est de ça que j’ai envie. XIII EX​-​VOTOS est une belle arme contre l’oppression, une réponse imaginative et irrévérencieuse à ceux qui, du haut de leur tour, cherchent à nous jouer des tours.

Orgie d’orage, dark, ferait pâlir n’importe quel rappeur-rimeur. Traître Câlin, c’est certain, n’a pas son pareil. Son disque est un refuge, une carapace face à la crasse, un rempart contre tous ces bâ+++++ de la haute qui tous les jours tentent de nous la faire. C’est comme ça, du moins, que je le ressens. Que je l’entends. Le titre en question invite des chants…religieux? Trop tard, l’édifice s’est effondré. A grands coups de mots qui démontent, XIII EX​-​VOTOS l’a fait vaciller de son socle. Odieuses odes célèbre la victoire, à grandes lampées de breuvage couleur rouge sang. Le Câlin est Traître, le Traître est Câlin. Vaine déveine déblatère un rap lucide, on voit bien que les deux acolytes sont bien loin de ne faire que déconner.

Au delà de ça, en effet, il y a une démarche pensée, cohérente et pour le moins originale. On fait usage d’une prétendue folie, à peine masquée, à peine réelle mais en tous les cas porteuse, pour asseoir une posture sans équivalent dans le rendu. Laquelle débouche sur une confession à ne pas mettre entre toutes les oreilles, réservée qu’elle est à ceux qui s’ouvrent et laissent la porte grande ouverte à la quête de particularité, d’identité forte, tout en tenant à bonne distance la gerbante gerbe du convenu. Excellent, déjanté, addictif et exigeant.

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