Superbe Eclipse #3, à la Lune des Pirates, avec Terrier (2 octobre 2020).

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A la Lune des Pirates, à l’instar du 106 de Rouen, de l’Ouvre-Boîte de Beauvais ou de la GAM de Creil, pour citer mes lieux privilégiés et ils ne sont pas les seuls, on s’échine. On se met en quatre pour continuer, contre vents et marées, à proposer du beau. A exister. A vivre et faire vivre. Les musiciens, les techniciens, le public. Le son. Le partage. En ce sens, Eclipse, qui consiste en une série de micro-concerts “sous contrainte Covidienne” se déroulant les vendredis soir, est une p+++++ de belle idée. Pour la troisième de ces Eclipses, synonyme de Lune partielle dira t-on, Terrier, jeune (ex) vendéen affublé d’un maillot de foot (le Bayern de Munich, si je ne m’abuse mais je me trompe, l’intéressé m’apprenant qu’il s’agit en fait d’un modeste club de D3 ou D4 teutonne) et d’un bermuda un peu comme s’il venait de taper un match dans le parc Saint Pierre voisin, était l’invité du soir. Dans un cadre magnifique (coussins sur les gradins pour douilleter notre posture, petites tables disposées face à la scène, façon cabaret), la Lune était plus belle, encore, qu’à l’habitude. Après avoir croisé les figures emblématiques d’un endroit que je fréquente depuis le début des 90’s et qu’il me tardait par conséquent de retrouver, je prends place dans l’antre samarienne. Un peu ému, très en joie surtout, dans l’attente d’un set atypique.

Débarque alors Terrier, flanqué d’un bob à la Ian Brown des Stone Roses (la pose arrogante en moins), et son slam touche à tout. Chanson, attitude un brin punk, scories hip-hop, élans post-punk dans leurs pourtours et poésie de la vie, le jeunot de La Roche sur Yon a plus d’un tour dans son verbe. Entre désinvolture apparente et implication dans le ressenti, fort de morceaux qui naviguent entre beauté de sa Vendée et vignettes plus grises issues de Montreuil où il niche, dont s’extirpe un spleen en phase avec l’époque, Terrier impose son identité, plurielle et pourtant marquée. Marquante aussi, et diablement inspirée. L’exaltant Tourniquet ou Traversée punk (qui relate un road-trip direction l’amitié), pour ne citer qu’elles, font reluire un artiste que déjà, attention mon garçon, les majors s’arrachent. Hors des modes, Terrier n’est pourtant pas, à l’évidence, de ce monde. Sincère et sans fard, le garçon peint un tableau, enchanteur, de son quotidien. De son parcours de vie, de ses déboires et heures de joie. Il ne triche pas, se livre et c’est presque…un livre, sonore et verbal, qu’il tend à son assistance, comblée.

Le bob tombe, le personnage reste entier. Il dit sa joie, son contentement de retrouver du peuple. Il est, quoiqu’il en soit, adepte du partage, de l’aller-vers. Humble et singulier, voilà un jeune aux allures de routard dont on peut attendre beaucoup et qui, ce soir, redonne espoir. Dans l’être, dans la véracité d’un artiste en marge des courants, presque, même, à contre-courant. A l’ère des suiveurs, ça fait le plus grand bien. La voie, pour ce bonhomme qui ne planifie pourtant pas, est toute tracée; c’est la sienne qu’il suivra, en musicien non-opportuniste. Intime et intense, gentiment écorché, son set ravit la Lune. On lui souhaite d’ailleurs de la décrocher, ses débuts sont de taille et valent une attention sincère. Avec peu de choses, avec dans sa besace une poignée de compositions qui reluisent, un peu grises, un peu grisantes, il entame un petit bonhomme de chemin qu’on espère voir se prolonger. Il nous en fait vivre ici un petit instant, il suspend le temps et démontre que sobriété équivaut, quand on sait faire, avec justesse de ton.

Il annonce la dernière, ce fut bref mais on ne rechignera pas; on le savait, l’essentiel est d’en être. Terrier a bien fait de quitter sa tanière, on reparlera de lui de façon certaine et élogieuse. On l’applaudit bien fort, tous autant qu’on est. Ca crée un doux tintamarre, à l’adresse d’un “ptit gars” épaulé sans foirer par son batteur, Gaspard si mes souvenirs ne me trahissent pas. On vient de vivre un moment d’autant plus notable qu’il s’inscrit dans un contexte difficile. Je prends le temps, en descendant l’escalier lunaire, de féliciter l’homme du soir. Merci la Lune, également: il va falloir, maintenant, retomber. Avant de s’élever à nouveau, porté par des dates qui feront date et les musiciens conviés, pour lesquels ces temps forts constituent une bulle d’air salvatrice.

Photos William Dumont.
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