Pogo Car Crash Control “Tête Blême” (Panenka Music, 18 septembre 2020).

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Vus au Celebration Days Festival de 2017, où sa puissance de frappe troua les filets adverses, Pogo Car Crash Control a, depuis, fait son chemin. Il s’en revient avec ce Tête Blême qui sonne un peu comme si Slayer, Trust et Lofo avaient allumé un brasier commun, alimenté par des grattes en fusion et une rythmique qui claque tandis que le chant, hargneux, harangue à tout-va. On met dans ce bordel cohérent quelques mélodies -pas trop-, une énergie qui doit au punk, un verbe sans fioritures et passé l’effet de surprise, on a là, entre nos fouilles saignantes, un album plus que consistant. Un pavé, même, qui dans ses riffs flirte avec le métal et prend, ici et ailleurs, quelques inflexions de notre scène française d’avant (L’histoire se répète). Tête Blême donc, on attaque avec L’odeur de la mort, “joyeuse” ritournelle métallique sans détours superflus. Le riff est rude, l’approche frontale. Mais à aucun moment, la rondelle ne sombre dans le bêtement brutal. On joue vite, on joue saturé, mais on joue bien. Miroir, quand tu t’y regarderas, te renverra un plan à la Slayer. Les frères Péchinot, Lola Frichet et Olivier Pernot, à l’unisson, font front.

Avec Seul à tomber, l’impact reste élevé. On vacille, les coups portés sont de taille. Sans mettre de gants, Pogo Car Crash Control t’en met plein les dents. Ce monde humiliant allie vision sociétale juste et vitesse d’un jeu urgent, sauvage, pas éloigné d’un Black Bomb A. On soulignera, néanmoins, l’identité propre du quartette de Lésigny. Rare est l’accalmie, la tendance est avant toute chose à la furie. Qu’est-ce qui va pas, obsédant, nous poussera à rependre son refrain. Il y a ici une pelletée de titres qui rentreront dans les cailloux, où ils feront des ravages indélébiles. Le ciel est couvert (c’est le moins qu’on puisse dire…) bastonne comme un Tyson, il modère cependant…modérément, le répertoire du clan. Mais l’azur n’est toujours pas de mise.

L’éponyme Tête Blême me replonge, lui, dans nos 90’s, ou au début de nos 00’s. J’en blêmis, livide. Fort d’airs qui ne manquent pas d’air, de ceux qu’on garde dans la caboche un long moment, Pogo Car Crash Control aligne les plages fortes, impossibles à endiguer. Celle-ci, plus tempérée, en est. Pourquoi tu pleures, rapide et intrépide, réhausse la tension. D’un cran (de sangle). L’énergie déployée ne doit pas, je le souligne, occulter le fait que les ressortissants de chez Panenka Music, textuellement, ont aussi des choses à dire. Même si, indéniablement, c’est parfois brut de décoffrage. Leur atout ne tient pas que dans leur vigueur. Ils arrivent de plus, quand bien même ils s’essayent à des formats poussés, à capturer l’attention sur la durée. L’intérieur de ton corps, au début apaisé, fait alterner “caresses” -toutes relatives- et beugleries. L’égo dans les chiottes, après lui, éclaircit gentiment l’horizon. Ne nous y trompons pas, on ne se met pas pour autant à faire les Casimirs. Le rendu aura été, ici, constamment “up” ou presque. Ca réussit parfaitement à Pogo Car Crash Control, à sa place dans le dit registre.


Photo Romain Perno

Trop défoncé, qui…défonce, leste et massif avant de laisser la batterie faire déborder la marmite, assure une conclusion sans baisse de régime. Mais les quatre acolytes, nullement éprouvés, nous réservent un bonus track intense, galopant, aux brefs et légers clin d’oeil fusion dans un bref son de guitare. A l’issue de ces douze/treize chansons qui tournent pas en rond, qui cognent et comptent ensuite les morts ou les K.O., Pogo Car Crash Control livre un opus fait de colère, de cris et de tension. Le tout sous contrôle permanent, dans la maîtrise et avec l’aide de Francis Caste, pour un résultat en haut du tas, dopé au nerf collectif.

De sa robustesse qui contourne l’écueil du linéaire, les jeunes gens paraphent donc un disque au potentiel évident, susceptible de rallier tout un régiment à sa puissante cause. Le ciel est couvert, attendez-vous donc à ce que ça explose et ici, les cieux grondent tous azimuts, sous les assauts répétés d’énervés aux compositions qui se tiennent, pertinentes et insubordonnées à la fois.

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