Seatemples “Trópicos” (Icy Cold Records, 21 août 2020).

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Groupe chilien fondé en 2014, Seatemples pratique un son entre shoegaze, dream-pop, post-punk et cold-wave. Il y insuffle rêverie sonique façon Slowdive (l’excellent Holograms), mélancolie à la The Cure, et en arrive ce faisant à un brassage qui l’honore. Patricio Temples: Vocals & Guitar, Priscila Ugalde: Vocals & Bass et Dr Tsunami: Sampler – Loops – Sequencer mettent en commun leurs compétences, se baladent de songes en encarts plus appuyés. M.I.S, pour commencer, impose le velours du chant. L’Espagnol dépayse, il ajoute au charme de l’amorce. Parallèlement à ça, une instrumentation finaude et obscure se met en place. Le piège se referme: nous voilà attrapé, sous l’emprise d’un climat hybride de choix. Ecos, qui suit, nous ramène au Disintegration de Smith et consorts. Il se pare, cependant, d’élans bruitistes qui troublent l’apparente tranquillité du morceau. Seatemples n’est pas immuable: dans son créneau, il diversifie ses teintes. Verde catedral, cold en dépit d’une voix sensible, n’en fera pas retomber l’impact.

La formation de Coquimbo met du subtil dans ses chapes sombres, de la ouate dans ses recoins gris. Mais pas trop. Chaosphere se présente, basse froide en avant. On retrouve, avec grand plaisir, des motifs peaufinés. Le rythme est saccadé, le fond brumeux. Seatemples se montre digne, de bout en bout, d’appartenir à la famille Icy Cold Records. Ca serait même, ici, Icy Gold tant l’éclat et le “terne” y sont alliés. Nightfall, aux guitares qui dérapent sans que les vocaux ne s’en offusquent, restant doucereux, valide les vertus du combo. L’Anglais complète l’Espagnol, les vagues aigres-douces de Seatemples déferlent sur l’auditeur.

Desierto, alerte, s’appuie sur le féminin-masculin, porteur, dans les chants. Ces derniers sont à l’avenant, ils se frottent à des abords un brin plus rudes émanant des instruments. Avec, comme à l’habitude, des sons raffinés qui viennent se greffer. Le procédé séduit, il convoque et associe différents genres dont il assure la parfaite osmose. Primavera negra, aux airs de Sisters of Mercy en son début, fait lui aussi valoir l’union des organes vocaux. Nombreux sont les atouts développés par le disque, plaisant au possible. Beagle, sur un tempo plus lourd, une atmosphère plutôt céleste, piqué par des six cordes encore une fois magiques, simples et fatales, laisse poindre la fin des réjouissances sans baisse de régime. C’est à nouveau du bon, avec ce Trópicos accompli, qu’Icy Cold a déniché.

Yule, sur cinq minutes dreamy tout de même bien sonores, met fin à la rencontre. Celle-ci est de taille, elle nous apporte de quoi ravir nos écoutilles sur un temps conséquent. En outre, elle ose une posture au mitan des styles, adroite, et une succession de climats qu’il est bon de parcourir et reparcourir, posés entre beauté et détours cold.

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