Marietta “Prazepam St.” (Born Bad Records, 19 juin 2020).

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Fort d’un parcours long comme le bras, Guillaume Marietta a transité, entre autres, par A.H. Kraken, Plastobéton et The Feeling Of Love. A l’ouvrage dans l’est du pays et auteur, déjà, d’un opus inaugural en 2015 (Basement Dreams Are The Bedroom Cream), à partir d’un magnéto 4 pistes, il a après cela sorti La Passagère et en ce mois de juin qui voit pleuvoir les parutions, nous en tenons une de qualité, essentielle, sous la forme de ce Prazepam St. réalisé seul, avec des logiciels de MAO crackés. Né du désir de notre homme de s’amuser, plus accessible mais également plus ludique, l’opus porte à l’occasion les traces des combos dont Marietta fut, mais résulte dans le même temps de ses influences adolescentes (Sonic Youth, Beck, Nirvana, Beastie Boys). Y est évoquée l’influence des médicaments sur nos corps et esprits, le procédé amenant Marietta à une diversité qui, dès Aluminium, donne du cachet, sans jeu de mots douteux, à l’ouvrage en présence. Dans un schéma psych-folk chanté dans notre langue, truffé de sons cools, Marietta fait mouche et nous touche. Il joue, avec les sons. Se montre habile, avec le verbe. Son décor, imaginatif, un brin orchestral, l’avantage. Ether OK, qui parait…éthéré, allie mélodie vocale scintillante et parure dreamy, céleste et marquée. Ca sent un peu les 90’s, on ne le déplorera pas. Quant à Humpbumpdumppumpin, il fait son Beck avec le même brio, le même sens du groove foutraque que l’auteur de Loser. Bricoleur, Marietta fait un usage optimal de sa boite à outils sonique. Son trip est psyché, vaporeux, acidulé. Inspiré, plus encore.

Avec Ellie Jane #2, c’est une pop volante que le bonhomme nous largue. Son mot reste élevé, son étayage judicieux. Il ajoute, à son registre, le piquant nécessaire. Il n’hésite pas, de façon soudaine, à changer de ton. Là aussi, la démarche amène du relief à Prazepam St. Joueur comme l’étaient les Beastie Boys ou encore le Welcome to Julian de Surfing on a t-bone, le disque est une pépite qui, sur ce même titre, fait gicler une kyrielle de sonorités trippy. Classic nuit, langoureux, brumeux, semble illustrer l’état de “flottaison” parfois généré par la médication. Prazepam St. est physique et psychique, Hey void en accroît le sombre éclat. Suivant une volute psychédélique légère et vrillée, Marietta nous emmène, une fois de plus, dans des contrées “sous produit”, diablement accrocheuses.

Le morceau, après avoir “traîné” longtemps, s’affirme et se durcit. Magistral, il prend fin dans un encart noisy étourdissant. Prazepam Street suit en imposant un doublon Français/Anglais velouté, dans un écrin lui plus dérangé. La créativité dans l’ornement surprend, la prestance vocale vient s’y coupler pour accoucher d’un disque réellement bluffant. The Jordan’s rules, suivant un spoken-word asséné, captivant, évoque le sport et l’objectif de réussite. Agité, il laisse ensuite place à Pajo, clin d’oeuil au guitariste de Slint dont le projet solo (Papa M) a singulièrement marqué Guillaume. C’est une plage spatiale, un post-rock splendide aux voix éparses mais enjouées, flottantes. Marietta, c’est une certitude, signe là un effort qu’il ne sera pas aisé de surpasser. D’autant que Cable au plastique, sur plus de sept minutes d’un rock fin mais pénétrant, aux retombées psyché bienfaisantes, porte le coup de grâce. Subtil oui, dissonnant aussi, à la Sonic Youth, il trouve son terme dans un drone où l’esprit sombre, où l’âme se perd.

Prazepam St., cohérent et aventureux, fort de thèmes dignes d’intérêt, de morceaux magiquement versatiles, est un excellent disque. Il couronne Marietta, tout en confirmant la pertinence d’un artiste aux sorties avec lesquelles, et “c’est ça qu’est bon”, on ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre en termes de rendu.

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