Seasick Steve “Love And Peace” (Contagious Records, 24 juillet 2020).

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Increvable, indécrottable, inlassable, irréprochable. Incritiquable. Voilà, parmi tant d’autres, les qualificatifs qu’on pourrait apposer à Seasick Steve, vétéran du premier rang, à la carrière faite de longévité doublée d’une qualité par tous temps. Et voilà que le bonhomme réalise un nouveau disque authentique, de façon différente cette fois, qui répond au nom de Love & Peace. Disque que, contrairement aux méthodes usuelles (enregistrement “en grange”), le barbu talentueux est allé enregistrer à Los Angeles, au Studio 606 et au East West Studio 3, dans sa majeure partie. En prenant soin, cela va de soi, de s’en tenir à un enrobage aussi roots qu’à l’habitude. Quid du rendu? Eh bien on n’y trouve rien à redire. Seasick Steve oscille entre finesse blues confondante et allant à la rocaille qui déferle (Church of me), plus bruts. Le titre éponyme coupe le ruban, nous voilà entrés dans un terrain blues certes un brin réactualisé, dans le son, mais toujours vrai à souhait. Le gaillard n’a ni rangé son panache, ni perdu la main. Son blues-rock introductif lâche des riffs, louche vers le passé tout en se dotant de moyens d’aujourd’hui. Ceux-ci n’entravent rien. Il y a peut-être, on ne la rejettera d’ailleurs pas, une forme de vêture “pop”, plus polie mais seyante, qui se greffe à l’ouvrage. Regular man, d’un blues entre deux eaux, entre deux âges, honore le courant. Batterie saccadée, harmonica bavard font de ce titre un moment de choix.

On l’a déjà compris, Seasick Steve est parti, à nouveau, pour ravir ses fidèles. I will do for you l’amène à aborder un rivage plus introspectif, pas moins vrai cependant. Son blues est Contagious, son Record, ses Records, tout autant. Il est de ceux qu’on écoute dans discontinuer, qu’on érige en référence d’un genre. Clock is running, brut, gomme les doutes qui pourraient subsister. S’il gagne en clarté, Seasick Steve conserve cet abord aux aspérités décisives. Et puis f+++ em all, il joue si bien. Si ce disque ne fait pas date, j’en bouffe ma casquette. Au son du blues “de la grange” qui émane de Carni days, cinquième morceau sans “chair” ou presque.

Plus loin, Church of me résonne lui aussi comme un blues sans écorce, au plus près de l’os. Il démarre plutôt paisiblement, prend ensuite la tangente wild avec une foutue maestria. Love & Peace, certes, mais aussi anger. L’orage s’annonce, il survient et on n’a pas le temps ni l’envie de courir le fuir. Diantre, on est bien à se faire arroser. Le beau fixe revient ensuite, tiré à quatre épingles. On oubliera, pour le coup, qu’Edouard Philippe est fan du loustic, l’ayant vu au Cabaret Vert en 2018. On laissera Toes in the mud, énième plage à la vérité établie, chasser l’idée. On s’appuiera sur ses notes bourrues, rock, pour évacuer. Mais qu’il est bon, toutes ces années après ses débuts, le Seasick. Il n’a de cesse de nous larguer entre beauté et éraillement, le tout sans jamais faiblir. On a droit, là, à un solo merveilleux, court et sans démonstration pourrie. Un bazar de la meilleure des cuvées. My woman, comme l’intitulé pouvait le laisser présager, calme le jeu. On est côté love, le côté mièvre en moins. Le véridique perdure. Des riffs acérés, encore une fois, percent le truc.

Ain’t nothing like the boogie après cela, soutenu, pose une autre pierre qui au moment d’étayer l’édifice ne vacillera pas. Ain’t nothing like the boogie, on est bien d’accord. Ain’t no one like Seasick Steve, ajoutera t-on. Majestueuse, la composition dépose la concurrence. Y’en a t-il une? Peu importe, on auditionnera ce Love & Peace à l’exception de toute autre préoccupation. Travelling man (on en doute fort peu, l’homme est bourlingueur) étale sa finesse, solidifiant une baraque déjà inébranlable. D’aucuns rêvent d’en arriver là: Seasick Steve, lui, y est. A nouveau, il change brusquement, sans crier gare, de ton. Pluie de standards, l’album risque de cartonner. Son succès serait juste normal, résultant d’une effort supérieur en qualité. Que Ready or not, entre le tranquille et le débridé qui s’annonce sans survenir, place encore un cran au dessous de la moyenne.

On est conquis, était-il besoin de le rappeler. Steve fait en l’occurrence dans le sensuel, vocalement parlant. Sa palette est large, tenue. Mercy, élégant, lui va comme un gant. Il termine dans la magnificence, dans le dénudé, un opus qui marquera la période estivale, au minimum, et dont le niveau pourrait l’inscrire à juste titre dans le temps. C’est tout le mal qu’on souhaite à Seasick Steve, qui traverse les époques en nous sortant, de manière régulière, des travaux inégalables.

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